Californie, samedi 16 octobre 2021. Après 1 h 26 d’une domination physique et tactique, l’irrégulier Grigor Dimitrov tombe sous le joug de l’homme en forme du moment : Cameron Norrie. Dans l’impossibilité de rééditer ses performances très convaincantes aux deux derniers tours, le Bulgare pétri de talent quitte le tournoi américain par la petite porte. Grâce à sa palette technique et sa condition physique, Dimitrov a longtemps suscité des attentes importantes. Le joueur qui a chuté de nombreuses fois sur des matchs à sa portée, nous démontre qu’au plus haut-niveau, la beauté du geste ne suffit plus. Les Reporters ont analysé et décortiqué ce constat pour comprendre l’énigme Dimitrov.

Le poids de la comparaison

Le plus beau compliment du joueur tout au long de sa carrière sera aussi son plus lourd fardeau. La ressemblance frappante avec le jeu agressif et esthétique de Roger Federer ne permettra jamais vraiment à Grigor de développer sa propre identité de jeu sur le court. L’intéressé qui s’est exprimé à Sky Sport est lucide sur la situation : « au début, c’était marrant, mais c’est vite devenu lourd, la comparaison m’a écrasé et les gens ne parlaient que de cela et plus du tout de moi en tant que joueur. » Quand les médias et les fans de tennis ont commencé à superposer les deux joueurs sur le même plan, le style de jeu est devenu secondaire. Rapidement, Dimitrov a subi l’héritage du palmarès du suisse. Quand les résultats n’ont pas été ceux escomptés, Grigor subissait une pression monstrueuse à chaque entrée dans un tournoi.
Le Bulgare fait partie de ces joueurs de la dite « lost generation. » La génération perdue composée de certains grands noms comme Kei Nishikori, Milos Raonic et une pléiade de joueurs qui ont vu progressivement leur empreinte s’éclipser à cause notamment du diabolique Big 3. Dimitrov aura réussi des coups d’éclats fantastiques, dont notamment une saison 2017 stratosphérique en manquant de peu sa rencontre en finale contre le Bâlois. La fin d’année fut également riche avec l’un des plus beaux titres de sa carrière aux Nitto ATP de Londres. Le fruit de son succès lors de cette période était-il dû à un alignement de planète et à un jeu quasi christique, ponctué de coups sensationnels ? Eh bien ce n’était pas tout à fait le cas, c’était même plutôt le contraire. Il acceptait de gagner des matchs en ne réalisant pas les coups les plus parfaits de ce sport…

Les potentiels facteurs de la gagne

Un match de tennis de haut-niveau est souvent habillé de coups sensationnels et spectaculaires qui peuvent illuminer une partie. Le joueur bulgare en est un spécialiste : à tout moment de la rencontre, son corps athlétique et ses gestes dotés d’une fluidité exceptionnelle peuvent s’exprimer et laisser l’adversaire bouché bée. Cependant, est-ce suffisant pour remporter un match ? Ces fulgurances peuvent-elles permettre de serrer la main de l’opposant en vainqueur ? Si l’on se replonge dans l’essence même du tennis, le but est simplement de mettre la balle de l’autre côté du filet dans les limites géométriques du court. Au plus haut-niveau, l’intensité est à son paroxysme et la biomécanique de chaque joueur permet une efficience sidérante, ce qui nous interroge sur la réelle capacité de ces humains à jouer les balles dans les limites du terrain. Limiter ses fautes directes est un des facteurs les plus simplistes, mais essentiels qu’il soit. Le dernier match en date de Grigor (bien qu’il était en dessous de sa forme) face à Norrie illustre ce phénomène : le britannique n’a commis que 19 fautes directes, quand Dimitrov en a fait 31. Le second facteur qui peut permettre de repartir avec la victoire est la capacité à gagner les points dans les instants « clutchs », ces instants où la tension est suffocante et où la perte du point devient dangereux pour l’issue du match. Sur le circuit, perdre son service est généralement synonyme de grande difficulté dans la continuité d’un set.
En regardant de plus près, les balles de breaks converties par les deux joueurs lors de la demi-finale d’Indian Wells, Cameron Norrie en a converti 4/7 (57,1 %), quand Grigor Dimitrov n’a convertie qu’1 balle sur 2, soit 50 %. Le troisième facteur que l’on pourrait également qualifier d’indispensable est la simplicité de jeu. La panoplie de jeu de Dimitrov est basée sur la variation perpétuelle et l’envie constante de proposer une balle différente pour gêner un maximum le joueur adverse. Son nouvel entraîneur avec qui la collaboration semble porter ses fruits s’est exprimé à ce sujet : « il a tellement de variations dans son jeu que ça lui cause parfois du tort, parce que vous avez tellement de choix que parfois vous n’en faites pas finalement. » Avec cette volonté constante de construire le point et de le finir de la meilleure des façons, le Bulgare s’enferme dans des schémas parfois trop complexes. Face à Norrie, qui est un métronome et qui a comme tactique de placer la balle au bon endroit au bon moment sans vouloir toucher toutes les zones, Dimitrov a fini par craquer et commettre des erreurs grossières. En se penchant sur le match de Grigor Dimitrov face à Rafael Nadal à l’Australian Open 2017, le joueur avait été si consistant en jouant long et en restant dans un processus d’opposition pur et dur, qu’il avait fini par obtenir des opportunités concrètes. La chronologie serait donc d’être extrêmement solide et consistant pour, par la suite, garder la tête sous l’eau de l’adversaire en produisant des coups cliniques et difficilement réalisables, mais en aucun cas l’inverse.

Comment peut-on déduire la suite de sa carrière ?

Malgré un dernier match décevant suite à une fraîcheur physique entamée, Grigor Dimitrov repart d’Indian Wells avec un peu plus de confiance et de certitude. Son come-back face à Daniil Medvedev (il était mené 6-4/4-1) démontre d’une force mentale puissante qu’il peut encore plus approfondir pour gagner encore plus de matchs lorsqu’il est en difficulté. Le plus grand challenge pour lui réside dans la régularité et la capacité à produire une saison pleine avec des victoires de renom et un classement digne de son talent.
La saison 2021 aura pour lui été très compliquée à cause de nombreuses blessures, alors cette éclaircie arrive à point nommé. Grâce à son nouvel entraîneur, des aspects tactiques ont fonctionné lors de ce tournoi. La mixture du slice tranchant de revers dans la diagonale et son engouffrement dans chaque balle favorable ont écœuré Medvedev et Hurkacz. Dimitrov doit accepter de gagner sans proposer le tennis le plus flamboyant qu’il soit. Les membres du Top 10 ont un niveau moyen leur permettant de gagner des rencontres en se contentant d’être solide, tout en remportant les points importants.

La clé va donc se situer sur sa capacité à ne pas s’éparpiller pour réussir à délivrer un tennis efficace et efficient. À l’âge d’une maturité tennistique indéniable, le Bulgare peut-il de nouveau rêver de titres prestigieux ?

Crédits photos : Tennis.com, Eurosport, Le Télégramme et RTBF

Florian Ignace – 2 novembre

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