À 41 ans, Séverine Beltrame a réussi sa reconversion. Cette ex-joueuse de tennis professionnelle du début du 21e siècle, performante au plus haut niveau, a rebondi dans le monde des médias. Depuis quelques années, elle officie régulièrement aux commentaires du tennis sur BeIN Sports, qui possède une très grande partie des droits télés du tennis en France. Cette reconversion lui permet de rester au contact de ce sport qu’elle aime tant. Depuis quatre jours et durant toute la quinzaine de Roland-Garros, elle commentera quelques-uns des matchs proposés en exclusivité sur Amazon Prime Video, qui a obtenu pour la première fois les droits du court Simonne-Mathieu et ceux de la night session sur le Central. Quelques heures avant le début du tournoi dimanche dernier, elle évoquait sa nouvelle vie, le vide actuel que traverse le tennis français, mais aussi sa passion des amorties restée intacte …

Avant d’évoquer Roland-Garros, parles un peu de ton parcours assez dense ?

Séverine Beltrame : Effectivement j’étais joueuse de tennis professionnelle, 5e joueuse française et jusqu’à 34e joueuse mondiale. J’ai eu 5 sélections en Fed Cup, mon meilleur résultat est obtenu en 2006 lorsque j’ai atteint les 1/4 de finale à Wimbledon. En 2008, je faisais 1/8 de finale à l’US Open. J’ai un parcours un petit peu atypique, car j’ai commencé assez tard, j’avais 11 ans, ce qui fait que j’avais une scolarité normale, sans horaires aménagés. Je m’entraînais soirs et week-end. J’ai commencé vraiment à ne faire que du tennis quand j’ai eu mon bac. Je suis arrivée sur le circuit vers 22 ans, ça a vraiment démarré là. Cela m’a permis d’avoir le recul sur ce qu’est une carrière de sportif de haut niveau. J’ai arrêté à 34 ans, ce qui est un peu tard aussi, mais normal vu que j’avais commencé tard. Depuis, je suis consultante sur BeIN Sports, mon activité principale. J’effectue aussi des missions pour la FFT, pour les jeunes, les accompagnements en équipe de France, j’entraîne un petit peu auprès de jeunes filles. Je commente cette année Roland-Garros pour Amazon. Je suis aussi engagée dans une association en faveur de l’intégration des personnes en situation de handicap par le sport : les Amis de Jean-ba. On co-organise un semi-marathon qui se nomme le Semi-Marathau.

Tu as quitté le tennis professionnel, mais malgré tout tu restes dans le milieu par le biais de tes diverses activités. Est-ce important de ne pas tout lâcher ?

S.B : Oui bien sûr. L’activité aujourd’hui qui me tient le plus à cœur, c’est la plateforme Sportifs de rêve qui est en ligne depuis le début d’année et créée avec un groupe d’amis sportifs ou de professionnels du monde du sport, dans le cadre de mon agence de société d’événementiel Star’ting Blocks Events. Cette plateforme est importante, car elle permet la rencontre, le partage avec les sportifs de haut niveau. Comme tu le disais, oui, c’est important de rester dans le monde du sport après, c’est important de transmettre. Les sportifs de haut-niveau ont aussi beaucoup de choses à transmettre à leur manière.

On ressent vraiment chez bon nombre d’ex-sportif.ve.s professionnel-le-s ce besoin de ne pas quitter totalement le milieu, du moins pas brutalement…

S.B : Exactement. Il y a deux choses : la première, c’est que c’est ce que l’on sait faire de mieux. Forcément, c’est comme si l’on avait Bac + 20 dans notre discipline. Surtout, c’est une passion avant d’être un métier. Ce n’est pas un travail, on aime ce que l’on fait. Quand j’ai arrêté ma carrière, j’ai justement eu envie de me poser, souffler, arrêter de voyager. Je ne voulais plus entendre parler de tennis. Mais ensuite, ça nous rattrape très vite. Encore aujourd’hui, je plaisantais avec un autre ex-joueur, et je lui demandais si comme moi il gardait des réflexes. Quand je suis au bord du court ou devant la télé pour BeIN, et qu’une joueuse fait une amortie, j’ai des spasmes et je saute de mon siège pour aller la chercher (rires). J’ai envie d’aller sur la balle. En fait, il m’a dit que lui aussi donc je pense que c’est normal (rires). Mais c’est vrai qu’une carrière est tellement intense et produit des émotions tellement incomparables qu’on compare souvent l’arrêt de la carrière à une petite mort, et ce n’est pas faux. Je me souviens de la balle de match lorsque j’arrête à Roland en 2013, c’est marrant, mais je l’ai vu passer au ralenti, comme dans les films. C’est sûr que ce n’est pas simple, mais ce n’est pas grave quand même !

Qu’est-ce que cela change de vivre désormais le tennis au cœur de l’action avec BeIN par rapport au rôle de spectatrice ?

S.B : Ça fait 6 ans que je commente pour BeIN Sports. Quand j’ai commencé, je connaissais tout le monde. Maintenant, c’est la nouvelle génération, mais commenter permet de rester au contact. C’est très intéressant d’avoir ce regard extérieur aujourd’hui qui m’a permis d’avoir du recul par rapport au jeu. Je ne me positionne plus comme la joueuse sur le court, même si je démarre encore sur les amorties … C’est dingue parce que le rôle d’analyste apporte énormément. C’est peut-être même un exercice qu’il faudrait faire plus souvent même quand on est en activité. Il permet de voir les choses différemment, de prendre du recul. Que ce soit dans les interviews, le commentaire ou le coaching, c’est important et apprécié je pense d’avoir ce regard un peu de l’expert qui était déjà là avant, qui est passé par là.

Tu as assisté la semaine dernière aux qualifications de Roland-Garros, qu’en retires-tu ? On a notamment vu cette stat’ selon laquelle aucune Française n’est sortie des qualifications depuis 2006…

S.B : Oui je suis allé à Roland, par plaisir, par passion et pour le coup en spectatrice neutre, afin de voir la nouvelle génération, normalement. Effectivement, il y a quand même un fossé qui s’est creusé depuis 2006. C’est ma génération, j’étais en 1/4 à Wimbledon cette année-là. Je me souviens que pour avoir une wild card à Roland, il fallait être dans les tout meilleurs, être 120, 130e joueuse mondiale. Et encore. Aujourd’hui, les niveaux ont encore baissé, en tout cas les classements. Il y a des joueurs et joueuses intéressants, mais qui sont encore loin de ce qui se fait de mieux. Donc oui il va y avoir un petit moment difficile à traverser je pense.

Cette année, comment est-ce que tu te positionnes concernant les chances françaises ? On sait que le gel des classements fausse un petit peu la perception que l’on peut avoir de chacun et chacune ?

S.B : La situation des qualifications avec les jeunes est différente du tableau où l’on a des valeurs sûres. Je parle de Caroline Garcia, d’Alizé Cornet, de Fiona Ferro surtout, même si on ne connaît pas trop son état de forme. On sait que Fiona peut bien jouer en Grand-Chelem. Il y a les jeunes qui arrivent comme Clara Burel qui a fait ses preuves dernièrement, il y a Diane Parry qui n’est pas très loin. Il y a aussi Kristina Mladenovic, Océane Dodin, quelques représentantes qui peuvent bien jouer à Roland et on l’espère le plus longtemps possible.
Chez les garçons, c’est un petit peu aussi le flou. On sait qu’il y a toute une génération (Tsonga, Gasquet, etc) qui est potentiellement proche d’arrêter. Gaël Monfils, qui traverse une période difficile mais qui, avec quelques victoires, pourrait déclencher la confiance nécessaire pour déjà être bien sur le terrain. Et puis il y a de l’Ugo Humbert, du Hugo Gaston. On ne va pas tous les citer, mais on a quand même beaucoup de Français qui vont nous représenter. On peut envisager quand même de passer les premiers tours. Ce n’est certes pas flamboyant, même un Lucas Pouille n’est pas au sommet de sa forme et essaie de revenir. Tous ces joueurs-là peuvent encore faire des belles choses, j’espère que pour certains ça ne sera pas le dernier Roland …

« Le rôle d’analyste apporte énormément »

Il y a peut-être aussi chez les joueurs et joueuses français une dimension mentale importante dans cette crise de résultats. Toi, durant ta carrière, travaillais-tu l’aspect mental ou pas du tout ?

S.B : En fait, tout a évolué ces dernières années avec les nouvelles générations. Au départ, on n’entendait pas du tout parler de préparation mentale. Petit-à-petit, on s’est rendu compte que c’était nécessaire. Mais au-delà du sport de haut-niveau, l’athlète est un être humain avec ses émotions et ses difficultés à gérer. Le terrain de sport est le reflet de la vie quotidienne. Surtout dans un sport individuel, où l’on ne peut pas vraiment se planquer. Quand j’ai commencé, j’ai vraiment ressenti le besoin. Au départ, c’étaient des psychologues du sport, pas vraiment de la préparation mentale. J’ai essayé diverses techniques parce que j’avais bien envie d’élargir le champ des possibles. Il y a tellement de façon de faire de la prépa mentale, que c’est devenu aujourd’hui incontournable. C’est important pour le joueur, pour le staff, pour les parents. Il y a tout un système à mettre en place pour que tout le monde se sente au mieux. À tout moment, on traverse des moments que l’on doit savoir gérer. J’ai un peu essayé à chaque étape de mettre la bonne personne au bon moment pour m’accompagner.

Donnée importante pour les Français, c’est l’appui du public qui, on le sait, aide beaucoup les tricolores Porte d’Auteuil …

S.B : (Elle coupe) Ah oui ! Ça n’a rien à voir c’est clair. La traversée du désert avec la Covid impacte de manière générale bien sûr la planète, mais aussi le monde du sport. Aujourd’hui, pouvoir jouer à Roland dans des conditions normales, on n’est pas comme en octobre 2020, avec une jauge de spectateurs ça fait plaisir.

La Fédération a changé de Board récemment avec Gilles Moretton désormais à la présidence. Qu’est-ce que cela peut apporter selon toi au tennis français ?

S.B : Ce qui semble être le plus gros atout de Gilles Moretton, c’est d’avoir été un joueur de tennis et de s’être entouré d’autres anciens joueurs qui connaissent par cœur le haut-niveau. Après, une fédération ça va du club au sportif amateur, en passant par le handisport et le haut niveau et beaucoup d’autres choses à gérer. Je pense que c’est un vrai challenge à relever pour Gilles Moretton. Tout est à faire, on va lui laisser du temps puisqu’il vient à peine de mettre en place son organigramme. Il arrive dans une période compliquée de crise sanitaire, de trou générationnel dont on parlait tout à l’heure, mais je trouve ça super. Je lui souhaite bonne chance et beaucoup de courage (sourire).

De ton côté, tu as donc rejoint la plateforme Prime Video, habituée des films et séries à la demande, mais qui diffusera cette fois du direct. Comment cela va s’organiser et de quelle manière as-tu rejoint la chaîne ?

S.B : J’ai été contactée il y a quelques semaines effectivement par Amazon qui recrutait son armada de consultants. C’est très étrange puisque c’est un coup de tonnerre dans le monde de la retransmission sportive, mais c’est super excitant de faire partie de cette aventure au démarrage. Je suis un peu comme toi : je vais attendre et voir un peu ce que ça donne. Il y a vraiment un super dispositif en place, ils ont une superbe équipe de consultants, de journalistes, de techniciens. Je pense que ça va vraiment être riche en termes d’analyses, de commentaires, de couverture en général. Pour l’instant, ils ont peu de matchs (NDLR : tous les matchs du court Simonne-Mathieu et la night session sur le Central), mais j’imagine que l’idée est de se développer un petit peu plus encore. Ils ont envie d’être dans le sport en général et ici dans le tennis. Avoir Roland était donc obligatoire en France. Vu la qualité déjà en amont de la préparation, des échanges que l’on a eus et leur professionnalisme, je pense que ça va être vraiment chouette.

La chaîne va pouvoir s’appuyer sur les sessions de soirée, une première à Roland cette année. Sans la Covid dans les années à venir, elles vont ajouter encore un peu plus de spectacle et de charme au tournoi !

S.B : C’est vrai que le dernier match, la night session sur le Chatrier, ça va être magique. Pas encore tout à fait, sans un stade plein. Mais c’est déjà une révolution, avec même le toit en cas de besoin. Finir les matchs le soir, c’est une nouveauté et une évolution qui étaient nécessaires. Le fait qu’Amazon ait (en exclusivité) ce match « pop-corn » comme on dit, ça va être une belle valeur ajoutée.

Crédits photos : Midi Libre, Ouest France et Amazon Prime Video

Thomas Palmier – 3 juin

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