En retard par rapport à son homologue sud-américain, le cyclisme africain connaît une évolution lente. Depuis les origines du projet Qhubeka à la situation actuelle, focus sur le développement du cyclisme en Afrique ces dernières années.

Le projet Qhubeka, un rêve trahi ?

Quatre grandes dates suffisent pour résumer l’histoire du cyclisme africain. En 1948, a eu lieu la première participation au Tour de France d’un coureur venu d’Afrique : l’algérien Abdel-Kader Zaaf. Cependant, l’Algérie était encore un département français à cette époque. 2007 est l’année de la première victoire d’étape africaine sur le Tour : le sud-africain Robert Hunter à Montpellier. 2013 évoque bien sûr la première victoire sur le Tour de Chris Froome, né au Kenya, mais c’est surtout le premier maillot jaune d’un coureur ayant une nationalité africaine, en l’occurrence Daryl Impey. Enfin, 2015 correspond à la première participation d’une équipe africaine et de deux coureurs noirs africains à la Grande Boucle. C’est l’apogée de MTN-Qhubeka, le projet de tout un continent. Le projet a depuis du plomb dans l’aile. Son existence est même remise en cause.

Un plan ambitieux

L’Afrique est une terre de course à pied. Qui ne connaît pas Iten, la Mecque des marathoniens au Kenya, où se développe un tourisme local attirant de nombreux fondeurs de tous les pays ? Les Kényans, Éthiopiens, mais aussi Ougandais sont dominateurs dans les épreuves de fond. Le continent africain est aussi une terre de football. Les Éléphants ivoiriens, les Fennecs algériens, les Blacks Stars ghanéens ou encore les Lions qu’ils soient indomptables (Cameroun) ou de la Teranga (Sénégal), font chavirer les foules. La Coupe d’Afrique des Nations rassemble les peuples et suscite les passions. Elle pousse les migrants à rejoindre l’Europe. Nombreux sont ceux qui rêvent du vieux continent et de l’Angleterre parfois au péril de leur vie. Mais pas de traces de l’Afrique du Sud et encore moins de l’Érythrée et du Rwanda. Ces trois nations sont pourtant devenues depuis les années 2000, le moteur du cyclisme africain.
Tout a commencé en 1997 quand Douglas Ryder, un modeste cycliste sud-africain, a créé son équipe. Un club cycliste, devrait-on plutôt dire. La formation a d’abord été sponsorisée par Lotus Development, IBM puis Microsoft. Malgré ses sponsors étasuniens, le club de Ryder demeurait sud-africain. C’est en 2008 que le club est devenu une équipe continentale. Une année charnière. L’équipe a désormais pour sponsor MTN, un géant sud-africain de la télécommunication, présent en Afrique et au Moyen Orient. Ses victoires au classement UCI Africa Tour par équipes et individuel lui ont permis de grandir.

Qhubeka et l’humanitaire ont séduit le Tour

La fondation Qhubeka, dont le but est la distribution de vélo aux jeunes enfants africains, s’est ajoutée à MTN. Qhubeka, qui signifie « progresser » dans la langue Nguni, a marqué l’histoire de la Petite Reine avec son slogan « Bicycles Change Lives ». Elle n’a pas seulement apporté son nom à l’équipe, elle a réalisé d’impressionnantes collectes de fonds avec celle-ci pour offrir des vélos usagers à des milliers de jeunes africains. Même les recrues étrangères de l’équipe ont pris très à cœur le projet. L’équipe est promue en Continental Pro en 2013. Elle a ensuite remporté à la surprise générale Milan-San Remo avec Gerald Ciolek (GER) et une étape de la Vuelta avec Kristian Sbaragli (ITA). Cela lui a permis d’acter sa participation au Tour de France 2015. ASO lui a offert une wild-card, faisant d’elle la première équipe africaine de l’histoire à participer au Tour, hors équipes nationales dans les années 1950.
La décision a été perçue comme un grand coup médiatique, de la part d’un Christian Prudhomme à la recherche de nouveaux marchés. Cependant, MTN-Qhubeka fait plus que participer. Sur ses neufs coureurs, cinq sont africains. Parmi eux, Daniel Teklehaimanot et Merhawi Kudus, tous deux Érythréens, deviennent les deux premiers noirs-africains à prendre part à la Grande Boucle. Le premier portera pendant 4 jours le maillot à pois de meilleur grimpeur, créant un engouement autour de la bicyclette sans précédent en Afrique. Teklehaimanot et ses pois rouges ont marqué tout le continent, pas seulement l’Érythrée.

Une perte d’identité progressive

Néanmoins, si Steven Cummings (GBR) apporte une victoire d’étape à l’équipe pour sa première participation, qui plus est le jour de la Journée internationale Nelson Mandela (18 juillet) et que Mark Cavendish remporte quatre succès en 2016, MTN-Qhubeka a petit-à-petit perdu son identité. Le rêve des débuts est passé, il a été étouffé par les ambitions sportives à court terme et par l’aspect financier. L’appellation de la structure de Douglas Ryder est devenue Dimension Data. Le projet initial Qhubeka a été relégué au second plan, et ce, malgré la création d’une équipe réserve, Dimension Data for Qhubeka, composée quasi intégralement de coureurs africains.
Simplement, entre 2012 et 2021, la part de coureurs africains dans l’effectif a constamment diminuée. Aucune année n’échappe à la règle. Ils étaient 100 % d’africains en 2012 (17 sur 17). Au fur à mesure que l’équipe a évolué dans les catégories, ce pourcentage a fondu. 71 % en 2013, 52 % en 2016 et 2017, 32 % en 2019 et 24 % en 2020. Quelle est cette part parmi les 27 coureurs du Team Qhubeka Assos cette année ? Seulement 7 %, un projet déchu.

Par ailleurs, les coureurs africains autrefois Érythréens, Namibiens, Rwandais, Éthiopiens et Algériens ont progressivement disparu de la structure. Résistent uniquement les Sud-Africains blancs. NTT, l’opérateur de téléphone japonais, semble avoir définitivement acté ce changement en prenant les rênes de l’équipe en 2020. La firme nipponne les a abandonnées après une année seulement dans le peloton. Même l’équipe réserve est passée sous pavillon italien et s’est dangereusement européanisée, délaissant les quelques épreuves locales du calendrier africain, comme le Tour du Rwanda et la Tropical Amissa Bongo.

Le retour de Qhubeka sur le devant de la scène en 2021, au côté du suisse Assos, n’a pour le moment rien changé. Et on voit mal comment il pourrait le faire. Si solution il y a, elle devrait venir d’ailleurs.

Crédits photos : RFI, Le Dauphiné, BBC, The New York Times et Today Cycling

Aymeric Peze – 30 mars

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