Revigoré par un parcours prometteur au mondial égyptien de son équipe nationale en janvier dernier, le handball français s’est offert une respiration. Sport qui se nourrit énormément des revenus billetterie et liés au merchandising, le handball survit comme il peut à la crise. La Ligue Butagaz Énergie – le championnat féminin – a été contraint de choisir la formule des play-offs pour clore sa saison. Chez les hommes, peu de clubs de Lidl Starligue sont à jour dans leur calendrier. En ces temps incertains, les jeunes joueurs ont l’occasion de se montrer dans des effectifs souvent décimés par le Covid.

Yanis Lenne est un joueur de 24 ans originaire du Haut-Rhin et né à Colmar. Précédé par un père professionnel, il découvre le handball à Sélestat en Alsace. Brillant avec les sélection de jeunes – vainqueur du championnat du monde jeunes en 2015, médaillé de bronze au championnat d’Europe des – 20 ans en 2016 – Yannis rejoint en 2017 le FC Barcelone où il apprend aux côtés des meilleurs de son sport. Puis, retour en France à Aix-en-Provence avant de rejoindre Montpellier à l’été 2019. Depuis deux saisons au MHB, Yanis gagne en temps de jeu et se frotte aux joutes européennes. Il s’est confié avec entrain sur son début de carrière avant de filer rejoindre les copains à l’entraînement.

Il y a quelques semaines, tu étais avec les Bleus au mondial en Égypte. Comment as-tu vécu cette expérience ?

Yanis Lenne : Personnellement, j’ai passé l’ensemble de la compétition dans les tribunes en tant que réserviste-remplaçant. C’est une belle expérience puisque ça fait longtemps que je n’étais pas retourné avec l’équipe de France. Cela faisait une année entière que je ne les ai avais pas vus. En plus, on s’est retrouvés le 24 décembre à la Maison du Handball à Créteil avant de rejoindre l’Égypte donc j’ai pu vivre un bon mois avec l’équipe de France. Malheureusement je n’ai pas eu l’opportunité de jouer pendant ce mondial, il y a eu plusieurs blessures, mais qui ne correspondaient pas forcément à mon poste. Finalement, c’est une belle aventure puisque nous finissons 4es alors qu’il y avait pas mal de doutes autour de cette équipe en reconstruction. On aurait bien sûr espéré mieux après la qualification en demi-finale. Mais il s’avère que l’on termine à la pire place des quatre premières.

Forcément, c’est frustrant de ne pas pouvoir jouer et d’être chargé de mettre l’ambiance dans des tribunes vides. Quel est ton sentiment ?

Y.L : C’est sûr que c’est compliqué, car une compétition, c’est très long. Il faut arriver à rester conditionné mentalement, mais surtout physiquement, car il faut être prêt à rentrer. Dans une compétition comme celle-ci, il n’y a pas vraiment d’entraînements avec un match tous les deux jours. Il y a plutôt des entraînements tactiques. Le tout c’est d’être prêt pour aider l’équipe en cas de blessure.
Après, j’avais déjà fait une compétition comme celle-ci en France en 2017 (NDLR : lors du Mondial) où j’avais déjà passé un mois dans les tribunes, pour voir comment cela fonctionnait. Tu vis avec le groupe, c’est seulement au moment du match où on se sépare, où toi tu vas travailler de ton côté. Là, c’était plus facile qu’en 2017, puisque j’avais de l’expérience et parce que nous étions quatre dans les tribunes à chaque match. Ne pas être seul dans les tribunes aide à digérer le fait de ne pas jouer. C’était une belle aventure avec de bons mecs, même si c’est vrai qu’un mois sans jouer au handball ça ne m’arrive pas souvent, c’est long.

Avant de parler de ton actualité avec Montpellier, racontes nous comment tu as découvert le hand :

Y.L : J’ai commencé à Sélestat en Alsace et j’ai découvert le handball par mon père. Il était joueur là-bas en équipe première et c’est naturellement que je me suis dirigé vers le handball très tôt. J’ai fait toutes mes classes à Sélestat, un petit club de première division. J’ai baigné dans le plus haut niveau depuis tout petit et rapidement, j’ai pu jouer en équipe une à mon tour. Très tôt, j’ai vu les grandes équipes venir jouer à Sélestat et ça m’a donné envie de suivre cette lignée. J’ai même signé mon premier contrat pro là-bas.

Vient ensuite cette expérience en Espagne dans le club mythique du FC Barcelone. Qu’est-ce que t’a apporté cet exil ?

Y.L : Ça m’a apporté humainement. J’y suis allé alors que j’avais 20 ans et que je n’étais jamais parti de chez moi. Hormis pour le sport, je n’avais que rarement quitté l’Alsace. En tant qu’homme, j’ai énormément appris, cela m’a fait mûrir. Tu pars dans un nouveau pays, avec une nouvelle langue, une nouvelle culture. Sur le plan sportif, tu découvres le professionnalisme, la notion du détail, le travail au quotidien. Cela m’a donné une idée du travail et de la marge pour arriver à ce niveau-là, le meilleur du monde.
S’entraîner tous les jours avec les meilleurs joueurs comme Aron Palmarsson (NDLR : double vainqueur de la Ligue des Champions notamment), mais aussi deux grands gardiens. Tu es obligé de progresser à leurs côtés. C’est évident qu’il y a une grande différence entre Sélestat et Barcelone, certains ont pu dire que c’était un trop grand pas pour commencer mais je ne pense pas. Je ne regretterais jamais d’être allé à Barcelone. Cela a été un bon tremplin, une bonne prise de conscience, qui m’a permis de continuer à travailler pour atteindre mes objectifs.

Montpellier représentait-il un véritable objectif pour toi d’en porter un jour les couleurs en équipe première ?

Y.L : Oui depuis petit. Je me rappelle des discussions que j’avais avec mon père : Montpellier, c’était le club phare en France, entraîné par Patrice Canayer, avec le beau jeu, les résultats, etc. C’est un style de jeu pensé, rapide et projeté vers l’avant. J’ai vraiment l’impression d’avoir trouvé le club qui me colle à la peau dans le style et l’état d’esprit. J’ai l’impression que ça correspond parfaitement avec ma manière de penser, de faire. Je me plais beaucoup à Montpellier. J’ai l’impression de correspondre vraiment au projet du club et à la manière de jouer. C’est plaisant de pouvoir travailler dans un contexte où tu es à l’aise et où tu sens que le projet et la manière de faire te correspondent pleinement.

Avais-tu des idoles dans le hand quand tu étais petit ?

Y.L : J’étais fan de Luc Abalo. Des fois, en regardant des matchs, je me fichais un peu du déroulé. Mais dès que je savais qu’il était sur le terrain, je le regardais à la télé. Après, je suis un amoureux du handball donc au fur et à mesure, je regardais tous les matchs possibles, sur internet et à la télévision. C’est encore et toujours ma passion. Je n’ai pas forcément d’exemple si ce n’est Luc Abalo.

« Le club qui me colle à la peau »

Ce doit être un peu bizarre de le côtoyer maintenant en équipe de France…

Y.L : C’est vrai que c’est impressionnant, mais avec le temps… La première fois que je l’ai côtoyé, c’était en 2017 lors du Mondial en France. À ce moment-là, je me disais que j’avais de la chance. Maintenant que je suis à Montpellier, c’est différent. On peut dire que l’on joue dans la même cour : on joue la Ligue des Champions, la Coupe d’Europe, etc. C’est un joueur qui évolue à mon poste donc c’est aussi de la concurrence pour moi. Cela explique qu’il y ait moins cet émerveillement devant lui. J’ai énormément de respect envers ce qu’il a fait et ce qu’il fait encore aujourd’hui. J’ai toujours essayé de tirer le meilleur de plusieurs joueurs à ce poste d’ailier pour ajouter une corde à mon arc. Avoir la chance de côtoyer Luc Abalo au quotidien, c’est sûr que c’est un privilège, mais avec une approche plus de coéquipier que de fan.

Il faut dire que ton gabarit est atypique pour un ailier : 1,88 m pour 88 kg. C’est un avantage ou alors cela a ses limites ?

Y.L : J’essaie de maximiser toutes mes capacités pour les transformer en avantages sur le terrain. En défense, on sait que beaucoup d’ailiers sont rapidement mis en difficulté par des grands pivots par exemple. Pour ma part, en ayant déjà défendu par le passé sur des postes 2 ou 3, ça m’aide désormais. Ensuite sur les engagements rapides, les montées de balle, pouvoir percuter en un contre un et aussi sur la vision de jeu. Quand tu as été amené à jouer sur la base arrière, tu dois regarder autour, analyser. J’essaie de faire profiter l’équipe de mon expérience au poste d’arrière.

Ton équipe est actuellement deuxième de Lidl Starligue à 6 points du PSG mais avec un match en moins. Quel bilan tu dresses alors que l’on approche de la mi-saison ?

Y.L : Nous sommes contents, mais je pense que l’on aurait pu faire mieux. Je trouve que l’on a passé un cap déjà par rapport à la saison dernière dans l’état d’esprit. On est conscient que si l’on veut décrocher cette place qualificative pour la Ligue des Champions et plus encore, il faut arrêter de se fixer des limites. Il faut se dire que Montpellier est capable de battre Paris, mais il faut également que l’on soit beaucoup plus dominants en Lidl Starligue. Par exemple, après notre vague de Covid, on s’est fait surprendre à domicile par Cesson (28-28 le 14 novembre dernier). Ensuite, on fait un nul contre Nantes puis une défaite sur Paris (32-36 le 16 décembre) alors qu’on les tient pendant 45 minutes, on manque de gestion. Une vraie déception sur ce match là alors que contre Nantes, on n’est pas dans le coup pendant tout le match et on arrive à décrocher le nul en fin de match. Les deux bémols sont ici : la défaite contre Paris qui est une déception pour moi et le match contre Cesson, c’est un point que l’on n’a pas le droit de laisser passer dans une saison comme ça.

On parle régulièrement des protocoles sanitaires, des tests pour les sportifs de haut niveau…

Y.L : (il coupe) On ne peut pas dire que ce soit contraignant. On est des professionnels qui avons la chance de poursuivre notre passion. Il ne faut pas oublier ça. On est dans une situation unique. Ces protocoles, avec des tests PCR tous les 2 jours, l’absence de public, il faut l’accepter. Il y a plus de points positifs que négatifs pour nous.

Tu as la particularité d’avoir ton frère Arthur avec toi à Montpellier, qui est au centre de formation. Ça doit être spécial !

Y.L : Oui, c’est sûr, d’autant qu’on a une relation très fusionnelle avec Arthur. Même s’il a son appartement, il vient souvent à la maison. Depuis cette saison, on a la chance de pouvoir vivre ensemble dans le monde du handball professionnel. C’est une fierté pour moi de l’avoir dans le groupe du Montpellier Handball et je pense que pour lui, ça a été un plus de m’avoir au moment de son entrée dans le monde professionnel. C’est sûr que c’est un sentiment assez spécial de pouvoir vivre ses moments avec lui.

Pour finir, aurais-tu une anecdote marquante sur ton début de carrière à nous partager ?

Y.L : Je vais en profiter pour faire un clin d’œil aux « Blue Fox » (NDLR : le plus important groupe de supporters du MHB), ils le méritent bien. Avant le match contre Paris, qui était à huis clos, ils nous ont attendus devant Bougnol (la salle du MHB), il y avait énormément de monde pour nous accueillir, avec tous leurs instruments. Pas sûr que cela arrive dans tous les clubs, donc je leur fais une petite dédicace et je les remercie de leur soutien à distance. C’est vraiment incroyable ce qu’ils font, on reçoit beaucoup de messages de soutien lorsque l’on était avec la sélection ou même après les matchs avec Montpellier. On a vraiment hâte de les retrouver, ils sont le 17e homme à Bougnol. On va tout donner pour aller chercher des résultats et les remercier de leur soutien.

Crédits photos : Alsa’Sports et © PatriciaSports

Thomas Palmier – 13 mars

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :