La 43e édition du Rallye Dakar a eu lieu du 3 au 15 janvier en Arabie Saoudite à travers 4 767 kilomètres. Cette année, deux nouvelles normes de sécurité ont été mises en vigueur, dans le but de réduire les risques d’accidents sur les routes caillouteuses et ensablées. Participants de la course, Xavier De Soultrait et Alexandre Winocq témoignent de leurs impressions pour Les Reporters Incrédules, sur la sécurité du Rallye Dakar. Une sécurité sans laquelle la chute de Xavier De Soultrait aurait pu s’avérer fatale.

C’est un rallye-raid annuel qui est incontournable dans le monde. On y retrouve beaucoup de nations représentées, du Chili, en passant par la France, jusqu’à l’Australie. Les 310 participants du Rallye Dakar 2021 étaient dans les starting-blocks le dimanche 3 janvier dernier à Djeddah, en Arabie Saoudite, pour le départ. Ils avaient rendez-vous dans cette même ville le 15 janvier pour franchir la ligne d’arrivée, le temps de boucler la boucle. Pendant ces plusieurs jours de courses effrénés, la majorité des concurrents sont arrivés à bon port et en bonne santé. La disparition tragique à moto de Pierre Cherpin lors de la 7e étape, a rappelé que le Rallye Dakar n’est pas un long fleuve tranquille. Preuve à l’appui, ce n’est pas Xavier De Soultrait, pilote de moto qui a été contraint d’abandonner lors de la 8e étape, qui dira le contraire. « Le Rallye Dakar a toujours été dangereux et ça ne peut pas être autrement. On participe à une course qui dure 15 jours, on roule à presque 200 km/h dans du sable et des cailloux », explique-t-il avant de reprendre. « On a des motos qui sont très puissantes. On ne peut pas enlever le danger partout. C’est un sport très extrême. Les 10-15 meilleurs veulent aller le plus vite possible et pour ça, on attaque comme des fous. Alors forcément, le risque zéro ne sera jamais atteint », confirme-t-il.

Des « slow zones » et des airbags

Pour éviter, à l’avenir, de faire couler le moins d’encre possible sur les pages du carnet noir, l’organisation du Dakar a instauré cette année deux nouvelles mesures de sécurité. L’une concerne des zones de ralentissements appelées « slow zones ». Sur des routes délabrées et jugées particulièrement dangereuses, les concurrents de toutes catégories de véhicules confondues ont eu l’obligation de ralentir. Ce qui a alors pu réduire le nombre d’accidents. Alexandre Winocq, copilote à la 5e place au classement général de la catégorie 4×4 TT (tout terrain modifié essence) aux côtés du pilote Nani Roma, se satisfait de cette mesure. « Le parcours était fait de sorte à baisser les moyennes au niveau des accidents. Il y avait des zones de trial où avec les automobiles, on ne pouvait pas rouler. Ça permet de baisser le rythme et les risques. » Il en profite pour souligner l’omniprésence des services de sécurité lors de la compétition à des moments critiques. « La technologie dans la sécurité a fait d’énormes progrès. On est vraiment à l’abri. Avec Nani Roma, on a pu constater son efficacité. Un motard est tombé à 200 mètres devant nous à grande vitesse. On lui a immédiatement porté assistance. Entre le moment où nous nous sommes arrêtés et le moment où l’hélicoptère est arrivé, il n’y a même pas eu 10 minutes. La sécurité est toujours présente », relève-t-il. Une comparaison peu réjouissante est également émise par Alexandre. « La sécurité fait alors de son maximum. Sur une route en France, les secours ne sont pas là avant 20 minutes, voire une demi-heure. »

L’autre mesure adoptée a été privilégiée aux motards. Il s’agit d’airbags qui, en cas de détection d’un accident par une forte secousse, se déclenchent et protègent le pilote dans sa chute souvent rapide et violente. Comme une sorte de carapace éphémère. C’est ce qui est arrivé à Xavier De Soultrait le lundi 11 janvier dernier au kilomètre 267 de la spéciale. « Je me suis retrouvé au sol alors que je roulais à 140 ou 150 km/h. J’ai donc rampé jusqu’à la moto pour appeler à l’aide. C’est quand même violent et ça va très vite. Je n’ai même pas senti l’airbag se déclencher. Je n’avais qu’une peur, c’était qu’il se dégonfle et qu’il ne puisse pas me maintenir immobile », avoue-t-il. « J’étais content qu’il soit resté intact pour que mes cervicales ne bougent pas, et éventuellement touchent ma colonne vertébrale. C’était une grosse chute. » Un accident qui a eu lieu à un mauvais moment pour Xavier, lui qui se trouvait en bonne voie pour peut-être l’emporter. « Ce qui m’a le plus embêté, c’est que j’étais dans une position favorable pour peut-être gagner la course. Je me suis dit qu’il fallait que je m’en sorte pour repartir de plus belle. »
Malgré sa grande volonté et son mental d’acier, le natif de Moulins n’a pas pu faire un kilomètre de plus. Néanmoins, cette chute, qui aurait pu lui être fatale sans le port de l’airbag, a permis de constater l’efficacité de cette nouvelle norme de sécurité. « L’airbag m’a bien protégé sur ma chute. Mais pour tous les motards au départ, je pense que ça a empêché au moins 20 ou 30 abandons. Ces airbags se sont révélés être très utiles. C’est une superbe mesure pour la sécurité », atteste Xavier De Soultrait, qui a notamment terminé 7e en 2019, son meilleur résultat sur un Dakar.

Que faire pour améliorer davantage la sécurité ?

La sécurité du Rallye Dakar en 2021 est satisfaisante de manière générale. Mais comme rien n’est parfait et que l’on peut toujours s’améliorer, certaines choses seraient à améliorer pour les prochaines éditions, selon les deux participants. Xavier De Soultrait évoque un manque d’encadrement sur un matériel de sécurité primordial pour les motards. « Il y a une chose qui serait bien à améliorer, d’autant plus que j’en ai déjà émis l’idée et que ça va certainement aboutir, c’est concernant les casques », explique-t-il. Un effort est à fournir pour assurer la sécurité des pilotes d’après ce dernier. « Aujourd’hui, on peut acheter un casque chez Carrefour, pas cher, et on peut participer au Dakar. Tout simplement parce qu’il est homologué aux normes européennes. Il y en a certains qui sont très légers. Peut-être aussi haut de gamme. Ce n’est pas suffisant en rallye, je ne trouve pas ça normal. Il faudrait créer une norme pour le Rallye Dakar », propose-t-il.
Du côté d’Alexandre Winocq, le fait d’être obligé de s’arrêter une demi-heure pendant la spéciale n’est pas une bonne solution. « Je tiens à souligner qu’il y a une chose qui n’est pas bonne, c’est le fait d’avoir une pause obligatoire dans la spéciale à 250 kilomètres. L’équipage perd en concentration, car il est arrêté pendant 30 minutes, en plein milieu de la spéciale », témoigne-t-il. Cette pause obligatoire peut alors être un motif de déconcentration ou de somnolence, forcément handicapant pour le reste de l’étape. « Il faut donc se remettre dans le rythme, et c’est compliqué quand on est pris par la fatigue. Niveau sécurité, ce n’est pas extraordinaire. »

En attendant la prochaine édition du Rallye Dakar en 2022, avec la participation inédite de la marque Audi, les concurrents ont désormais 10 mois devant eux pour s’y préparer au mieux. Avec peut-être une conscience plus tranquille et un poids en moins grâce à une sécurité de plus en plus efficace et rassurante, même si le risque zéro n’existe pas.

Crédits photos : Enduro 21, France 2 et Dakar

Les Reporters Incrédules – 5 mars

(1 commentaire)

  1. Très bon article pour faire le point sur ce problème crucial de la sécurité ,
    C’est rassurant de constater les progrès ayant été appliqués cette année
    Le témoignage de deux « top concurrents «  auto et moto Illustre parfaitement la situation !!!

    Aimé par 1 personne

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