Percer au plus haut niveau dans le monde du football n’est jamais chose facile, quand on sait l’énorme concurrence qui règne dans l’Hexagone. En effet, de nombreux jeunes rêvent de devenir un jour footballeur professionnel et les places, très limitées, coûtent très cher. De plus, la malchance est souvent de sortie : bon nombre de joueurs manquent le coche à cause de petites blessures plombantes, de contre-performances criantes ou suite à des concours de circonstances.

Steve Solvet, qui évolue actuellement au FC Sète, peut en témoigner. Ce grand défenseur central, mesurant 1 m 91 et pouvant également jouer plus haut sur le terrain, a expérimenté la vie dans les centres de formation depuis son arrivée en France et est passé tout proche de rejoindre définitivement rejoindre les équipes premières de Strasbourg et de Dijon. À 24 ans, le numéro 3 des Vert et Blanc veut croire qu’il est toujours possible de lancer sa carrière professionnelle au plus haut niveau et rêve de retrouver un jour, un club de l’élite. Entretien avec le natif des Abymes qui s’est confié à l’un de nos reporters. Formation, pression ou encore déception : le défenseur central polyvalent du FC Sète se livre.

Comment se passe ce début de saison ? Il semble que tu sois blessé…

Steve Solvet : Oui, en effet. J’ai effectué la préparation estivale tranquillement, où tout s’était très bien passé. J’ai ensuite commencé le championnat en tant que titulaire mais je me suis blessé. C’est donc pour cela que je n’apparais plus sur les feuilles de matchs. C’était une fissure du métatarse, qui a mis 2 mois à se soigner, le temps de la consolidation et de la réathlétisation. À l’heure actuelle, j’ai repris avec le groupe et j’essaye d’enchaîner les séances pour revenir à 100 %. Je suis de plus en plus proche de reprendre la compétition.

Revenons sur ton parcours. Pourquoi as-tu choisi le football et qu’est ce qui t’a influencé dans ce choix ?

S.S : Ma passion pour ce sport est arrivée très rapidement, dès mes 4 ans. Mon père aimait et regardait le foot tandis que mon frère y jouait. J’ai ainsi commencé en Guadeloupe, à l’Intrépide de Saint Anne, où j’ai réalisé toutes mes gammes. À l’âge de 8 ans, j’ai été appelé par la sélection de la Guadeloupe pour des rassemblements chaque mercredi et à 13 ans, j’ai intégré le pôle formation CREPS Antilles Guyane en Guadeloupe. Pendant deux ans, je suivais à côté une scolarité chaque matin. Je jouais alors un peu partout grâce à mes qualités techniques mais mon poste principal était devant la défense, en six.

Que s’est-il passé ensuite ?

S.S : Une fois que tu sors du CREPS, tu es censé avoir des sollicitations de l’étranger et des clubs intéressés mais dans mon cas, ma mère ne voulait pas que je parte de sitôt. Je suis ainsi retourné dans mon club pendant deux ans où j’allais en cours la journée pour suivre un bac professionnel de comptabilité. Je m’entraînais le soir et c’était assez frustrant car je voyais les autres partir, comme ont pu le faire Thomas Lemar à Caen, Marcus Coco, etc. Avant de passer mon baccalauréat, ma mère m’a donné l’autorisation de partir. Je suis arrivé à Bischheim, qui est juste à côté de Strasbourg. J’ai fait un an en U18 National et lors d’un match contre les U18 Strasbourgeois, un recruteur, qui m’a vu jouer, m’a donné une carte en me disant d’appeler le club.

Raconte-nous t’es débuts à Strasbourg :

S.S : J’ai commencé avec l’équipe première qui était alors en National. Malheureusement, je ne jouais pas. Je m’entraînais au quotidien avec eux et je jouais le week-end avec la réserve. Le club a progressivement changé de dimension. À ce moment-là, Strasbourg avait beaucoup de joueurs qui se sont bien adaptés au haut-niveau comme Dimitri Liénard ou encore Khalid Boutaïb, qui n’avaient pourtant pas de gros cursus professionnels. Ma première année au RCSA a été divisé en deux périodes : 6 mois avec les U19 Nationaux puis 6 mois avec la réserve. Le club a ainsi décidé de me faire signer un contrat fédéral de 3 ans, j’ai effectué ces trois ans. Lors de la montée en Ligue 2, mon contrat est passé pro.

Lors de ton passage, tu as pu côtoyer quelques entraîneurs dont Thierry Laurey… Comment cela se passait avec lui ?

S.S : Thierry Laurey est un personnage. C’est un très bon coach qui a prouvé et qui a sa personnalité, sa façon de faire. Je n’ai peut-être pas compris le message qu’il souhaitait me faire passer à l’époque. Il faut dire que j’avais quand même un peu de pression puisque j’étais arrivé sur le tard de la Guadeloupe, sans centre de formation au préalable, alors que les autres en avaient fait. Je regrette de ne pas avoir été assez patient par moment, d’avoir baissé les bras un peu trop vite.
Il y a un épisode qui m’a marqué à Strasbourg et qui peut expliquer ma déception. Une année, on termine champions avec la réserve et il y a un match contre la réserve de Nancy que le coach Laurey vient regarder. On s’impose 3 à 0 et on joue très bien. Le mardi qui suit, Strasbourg joue en Coupe de la Ligue mais ne dispose pas de défenseurs centraux, je pouvais m’attendre à être appelé pour cette rencontre car j’ai fait une belle saison en réserve et de bons entraînements en professionnel. Le coach aligne N’Dour ainsi que Yoann Salmier, je ne suis même pas convoqué. J’avais l’impression de bosser pour rien et le coach Laurey ne disait rien. C’était très décevant.

Tu quittes ensuite Strasbourg pour rejoindre le DFCO. Pourquoi ce choix de quitter l’Alsace ?

S.S : C’est ça. J’arrive à la fin de mon contrat et le club ne me propose pas de prolongation. De nombreux jeunes poussaient derrière et moi j’avais besoin de partir de toute façon. J’ai rencontré alors des agents qui m’ont appelé et qui m’ont annoncé l’intérêt de Dijon, qui recherchait un défenseur expérimenté. Le DFCO m’a alors présenté le projet et m’a annoncé que si je faisais le « taff », j’aurais une chance d’aller avec les A dans la saison. J’arrive là-bas et 2/3 semaines plus tard, on m’appelle pour venir m’entraîner avec les professionnels sous les ordres d’Olivier Dall’Oglio, en poste à l’époque. Je réalise alors un très bon premier entraînement où j’impressionne mes coéquipiers qui me demandent même pourquoi le club ne m’a pas signé professionnel. Je continue ensuite avec la réserve et l’entraîneur de l’équipe première m’appelle régulièrement pour des entraînements où je ne ressentais pas de pression. Je commençais à être expérimenté. En réserve, ma saison est parfaite : on finit premier, on joue très bien. C’est pour cela que je n’ai pas compris pourquoi Dijon ne m’a pas utilisé davantage et ne m’a pas conservé…

« Je regrette de ne pas avoir été assez patient »

Un an après, l’aventure en Bourgogne se termine… Que se passe-t-il alors ?

S.S : Je suis allé voir un match en Angleterre et une personne de l’équipe adverse m’avait dit que Bradford, qui évoluait en quatrième division, recherchait un défenseur et j’ai fait un essai. J’ai manqué un match amical face à Liverpool, car la FFF ne m’a pas envoyé à temps les papiers administratifs. J’ai tout de même pu disputer un match face à Wigan, où on avait obtenu le nul. Cependant là-bas, ils me proposaient toujours de rester une semaine de plus et les choses s’enlisaient. Moi, je voulais une réponse donc ça n’a pas marché et je suis rentré en France.

C’est pour cela que tu rejoins Bergerac ?

S.S : Oui et à Bergerac ça s’est très bien passé. Je suis arrivé à la fin de la préparation après mon aventure anglaise, et aussi après avoir refusé des clubs de N2 (Sedan, Le Mans) qui me proposaient de jouer avec la réserve avant d’intégrer l’équipe première, en fonction de mes performances. Moi, c’était une équipe première que je voulais intégrer et rien d’autre. J’ai joué 5 rencontres à Bergerac d’assez bon niveau, avant de me blesser au métatarse. Au moment de revenir, ils ont annoncé le premier confinement, c’était un sacré coup au moral.

Encore une très courte expérience d’un an avant de rejoindre un autre club. Pourquoi ?

S.S : C’est simple : Sète était dans la poule de Bergerac, ils sont montés. Je les aie rejoints car je souhaitais retrouver mon statut professionnel, retrouver le National que j’ai côtoyé à Strasbourg et à Dijon. C’est un club avec un très bon effectif où beaucoup de gens vont voir les matchs. On a beaucoup de jeunes très prometteurs qui signent dans de meilleurs clubs, comme l’a fait Warren Caddy en s’engageant au Paris FC. Il y a aussi pas mal de joueurs qui sortent de formation, qui ont souvent été dégradés ou pas passés pro et qui viennent jouer pour Sète. Lorsque l’on m’a parlé du club avant de me recruter, on m’a dit « Steve viens, tu verras, tu vas même pas faire une bonne saison, tu vas faire 6 mois et tu partiras en Ligue 2 ou en Ligue 1. »

Ta blessure t’a stoppé malheureusement… Quel regard portes-tu sur ta carrière finalement, des regrets ?

S.S : Il y a un autre monde entre la réserve et les professionnels. Il faut être plus exigeant, plus sérieux et attentif. Le niveau n’est pas impossible à atteindre. C’est sur les petits détails que cela se joue et j’ai peut- être manqué le pas… J’ai une carrière pour l’instant qui se résume à des regrets… J’ai l’impression qu’il me faut à chaque fois un gros coup dur pour me relever et pour avancer, c’est vrai que c’est compliqué. Ça va finir par payer !

Ton souhait pour la suite ?

S.S : À court terme, mon souhait est de reprendre et d’avoir la confiance le plus rapidement possible du club. À long terme, mon ambition est de réintégrer une équipe professionnelle. J’attends ma chance, j’espère qu’elle viendra. Je bosse dur au quotidien et je ne peux que remercier Sète de l’opportunité donnée. J’aime rendre la confiance !

Crédits photos : FC Sète, Steve Solvet, Instants Photoballistiques et FC Sète

Victor Girerd – 18 décembre

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