A quatre ans des Jeux de Paris, il est important de présenter les principaux espoirs sportifs chez les tricolores. Entre autres, Charles Noakes, grand espoir du parabadminton. L’incertitude concernant les prochaines échéances de la discipline reste grande avec en première ligne les championnats d’Europe à Dublin qui devraient normalement se tenir à l’automne. Quoi qu’il en soit, le tout frais diplômé d’un bachelor événementiel et management du sport entretient des grandes ambitions pour la suite. En 2024, il devrait arriver à pleine maturité et les JO dans l’Hexagone sont une opportunité en or pour exprimer son potentiel et ainsi offrir un sacre inédit à la France dans cette discipline qui deviendra olympique à Tokyo l’an prochain.

Portrait

Nom : Noakes
Prénom : Charles
Âge : 23 ans
Région : Pays de la Loire
Débuts au parabadminton : 20 ans
Classement actuel : 27e mondial en simple, 4e en double
Club : Badminton Club de Saint Herblain
Entraîneur : Mourad Amrani
Principaux résultats : 3 titres nationaux et Open du Pérou 2020

Pour compléter ce portrait, voici l’interview où Charles revient notamment sur ses débuts fulgurants dans la discipline, ses objectifs à court et long terme et son implication dans la sensibilisation au handicap

Si tu devais te décrire en 3 mots…

Charles Noakes : Je suis une personne ambitieuse, généreuse et travailleuse.

Tu as la particularité d’être né à Londres. Comment s’est passée ton enfance et quand as-tu rejoint la France ?

C.N : Je suis effectivement né en Angleterre d’un père anglais, ce qui fait que je suis parfaitement bilingue, un atout non-négligeable pour mes voyages sur le circuit. À mes 2 ans, nous avons rejoint Hong-Kong pour le travail de mon père. Après 4 ans là-bas, ma mère qui est française avait envie de se rapprocher de sa famille. On l’a donc tous suivi et je suis arrivé en France fin 2004.

Tu n’a débuté le parabadminton qu’en 2017. Quelles activités faisais-tu auparavant et qu’est ce qui t’as poussé à poursuivre dans cette discipline ?

C.N : Je suis à deux ans de football, que je continue à pratiquer. Sinon, j’ai touché à beaucoup de sport avant de trouver ma voie. J’ai ainsi pratiqué auparavant le tennis de table, la natation et même le golf ! J’ai aussi vu que je me débrouillais bien en badminton. J’ai donc débuté réellement l’expérience en septembre 2017. Les résultats sont arrivés assez rapidement à ma grande surprise, ce qui m’a incité à m’investir pleinement dans cette discipline.

Quel est ton meilleur souvenir de carrière ?

C.N : C’est sans hésiter ma médaille d’argent en double avec mon partenaire de toujours, Fabien Morat. Ce n’était pas ma première médaille internationale puisque nous avions déjà remporté la médaille de bronze en Thaïlande quelques mois plus tôt. C’est plus le déroulement des matchs qui a été extraordinaire. Tout était parfaitement limpide. Durant ce même tournoi, j’ai également accédé aux 8es de finale en simple pour la première fois de ma carrière. Et le match pour y accéder a été exceptionnel à mes yeux : je perds le 1er set et gagne le 2e. Au troisième, je suis mené 21-20. À ce moment-là, il y a une sorte de déclic : je me dis que ce serait dommage de ne pas franchir ce cap des 8es. Finalement, je remporte le match. Cette prestation m’a permis de prendre davantage confiance, j’ai énormément gagné en maturité. Après cela, j’ai remporté une autre médaille d’argent en double lors de l’Open du Brésil et j’espère obtenir le même genre de résultats lors des championnats d’Europe à Dublin prévus à l’automne prochain.

Avec tes compétitions, tu as eu l’occasion de bien voyager. Pérou, Brésil, Danemark, Thaïlande… Quel voyage as-tu préféré et aurais-tu une anecdote à nous raconter ?

C.N : Pour l’anecdote, elle se passe au Danemark encore une fois. Le soir, nous avions prévu un diner. Nous allons donc faire les courses au Lidl du coin. Arrivé là-bas, on nous dit que l’équipe japonaise est dans les parages. Mais je ne m’attendais pas à y rencontrer le n°1 mondial, un modèle pour tous dans notre discipline, qui était en plus humble et abordable ! C’était assez cocasse comme situation mais j’en garde évidemment de très bons souvenirs.
Mais l’expérience qui m’a davantage marqué est mon tournoi thaïlandais. C’était ma première compétition internationale. J’ai eu de bonnes sensations au cours du tournoi et je me suis rendu compte que je n’étais pas ridicule à ce niveau. Cependant, c’est surtout d’un point de vue humanitaire que ce voyage a été une belle découverte. Le monde du badminton est comme une grande famille, j’ai vu des personnes très accueillantes. Leurs sourires resteront à jamais gravés en moi. C’est aussi leur manière de s’entraîner qui m’a impressionné. Ils peuvent s’entraîner jusqu’à 9 heures par jour. On est encore très en retard en France par rapport à ces pays, même si j’observe des jeunes de mon club qui ont déjà une maturité impressionnante par rapport à leur âge.

En plus d’être un athlète professionnel, tu es titulaire d’un bachelor sport événementiel et management à l’Isefac Nantes. Peux-tu nous décrire une journée type et comment as-tu organisé ton entraînement en cette période assez trouble ?

C.N : Je m’entraîne entre 15 et 20 heures par semaine. Je me réveille entre 7 h 30 et 8 h et je commence par une séance de yoga et des étirements pendant 30 minutes. Le corps est l’outil de travail du sportif donc le petit-déjeuner est bien évidemment primordial. Je prends une douche et pars pour l’entrainement à 9 h 30. Après l’échauffement, l’entraînement se déroule de 10 h à 12 h. J’ai 2 heures pour manger, que ce soit chez moi ou au CREPS. De 14 h 30 à 16 h 30, j’entame mon deuxième entraînement de la journée. Ensuite, je rentre chez moi. Différentes activités s’offrent alors à moi : je peux m’aérer en promenant mon chien, jouer aux jeux vidéos ou faire un travail de communication pour mon site internet. Puis, je mange et prends un bain froid pour optimiser ma récupération. Avant de me coucher, je fais une série d’étirements.
Avec le confinement, j’ai effectué davantage de vision de séquences vidéos, une donnée importante que je n’ai pas beaucoup le temps de travailler d’habitude. J’ai aussi suivi un plan individuel de musculation et fait quelques footings à proximité. Nous avons un groupe très soudé au CREPS de Nantes donc nous avons continué à échanger à distance lors du confinement. Quand l’entraînement en groupe a pu reprendre, cela s’est fait dans la bonne humeur mais toujours rigoureusement. On travaille pour soi et pour les autres. Le fait de se connaitre les uns les autres crée une forme d’émulation.

« Le monde du badminton est comme une grande famille »

Au CREPS, tu es aussi suivi par un préparateur mental, une diététicienne mais aussi un préparateur physique. Qu’est-ce que tout ce staff peut t’apporter dans ta progression ?

C.N : C’est toujours important d’être bien entouré. Avec toutes les personnes qui me suivent, la confiance est réciproque, ce qui fait que je ne peux que progresser. La chose la plus importante pour moi a vraiment été de progresser d’un point de vue psychologique. C’est vraiment vital de bien savoir gérer son stress, ce que je ne savais pas faire auparavant. J’ai pour cela lu un livre intitulé « Qu’est-ce que l’échec ? » qui m’a appris à relativiser. Cela peut paraître paradoxal, mais j’avais à un moment la peur de gagner. Mon entraîneur me forçait à crier sur le terrain, ce qui ne correspond pas à ma personnalité. Je suis quelqu’un d’assez réservé, alors une salle bruyante pouvait m’effrayer. L’apport d’un préparateur mental m’a appris à canaliser mes émotions, ce qui me faisait défaut auparavant. Je remercie aussi mon coach qui m’a permis de diversifier mon jeu. Je suis plutôt quelqu’un de défensif et combatif, j’aime les matchs rythmés. Pour être plus complet, on m’a appris à savoir attaquer. Il a fallu que je m’imprègne que la meilleure défense c’est l’attaque, ce qui n’a pas été facile au début (rires). Concernant l’alimentation, j’y prête évidemment une attention particulière ce qui ne m’empêche de pas de me faire plaisir en m’octroyant un repas « off » par semaine.

Depuis tes débuts internationaux en Thaïlande en 2018, ta progression est fulgurante avec ton premier titre de champion de France à Saintes en janvier dernier notamment. Qu’est-ce qu’il te manque désormais pour accrocher les meilleurs mondiaux et as-tu des moyens pour y remédier ?

C.N : Le parabadminton réserve toujours des surprises, c’est un sport plein de suspense où rien n’est jamais acquis. Un joueur avec un style de jeu différent du tien peut s’avérer bien plus coriace qu’il n’y paraît. J’ai dit que j’aimais bien défendre. Au Pérou, ce style de jeu m’a presque permis de battre le 2e mondial ! Je l’ai poussé jusqu’au troisième set. À l’inverse, j’ai déjà perdu contre un adversaire sur le papier bien inférieur, même si pour moi la vraie valeur d’un joueur se trouve sur le terrain. C’était un joueur très lent, proche du filet. Bref, un joueur aux antipodes de mon style de jeu ! Cette situation m’a énervée et j’ai perdu mes moyens au fil du match.
Pour y remédier, j’ai un tableau récapitulant mes objectifs à 3 échelles. À court terme, je voudrais remporter une médaille, d’or de préférence, que ce soit en simple ou en double. À moyen terme, je voudrais intégrer le top 5 mondial en simple (NDLR : 27e actuellement). Enfin, à long terme, je souhaiterais devenir champion olympique à Paris 2024. C’est un programme ambitieux, mais c’est en se fixant des objectifs que l’on progresse. Le fait d’être soutenu par ma famille et mes proches est une énorme source de motivation. Ils me forcent à me surpasser lors des moments difficiles, il est inconcevable pour moi de les décevoir. Je note aussi parfois certaines phrases de l’entraineur comme « Travailler, gagner, réussir » ou « C’est en s’entraînant qu’on devient grand ». Mon parcours n’a pas été de tout repos. Avant de devenir pour la première fois champion de France cette année, j’ai perdu deux fois contre le même adversaire. J’aurais donc envie de dire que tout vient à point pour qui sait attendre, l’assiduité est forcément récompensée à un moment donné. Pour me motiver, j’ai mis une photo de cet adversaire que j’ai finalement enfin réussi à battre accompagné du mot « First ». À côté, j’ai mis une photo du numéro 1 mondial, avec « Next » écrit dessus. Que ce soit dans le sport, les études ou le monde de l’entreprise, notre état d’esprit influence nos performances. Il est donc primordial d’être préparé en conséquence.

Si la part accordée au handisport ne cesse de croître d’année en année, elle demeure encore assez faible, peu médiatisée et cela est presque impossible de vivre de son sport, comme tu le montres sur ton blog. Selon toi, qu’est-ce qui pourrait faire davantage bouger les choses ?

C.N : Le soutien de la première dame de France Brigitte Macron a déjà pour moi bien fait évoluer son image en France. Il est indispensable, même s’il reste bien évidemment de nombreux points à améliorer. Chaque athlète se surpasse lors de la représentation de son pays. Cela commence à se voir, le handisport évolue doucement mais sûrement vers une situation moins précaire. Mais le dépassement de soi ne suffit pas. Pour que cette pratique soit vraiment encouragée, les gens attendent évidemment des médailles. Pour cela, il faudrait que la médiatisation progresse davantage. Ma discipline est un très bon exemple de cette transition qui se met en place. On n’est pas du tout médiatisé mais le système de « cash prize », déjà très utilisé en Chine, va bientôt faire son apparition. Les Jeux de Paris 2024 sont le deuxième gros avantage. Les gens s’intéressent davantage au sport en général et cela ne peut être que bénéfique pour nous.

En dehors du terrain, tu es également très engagé pour promouvoir ta discipline à la jeunesse, que ce soit lors de tes interventions dans les écoles ou encore ton site internet. Qu’est ce qui te motive à partager ta passion aux plus jeunes ?

C.N : C’est toujours important de faire la promotion du sport. Comme on dit, le sport, c’est la santé et ma discipline me permet également de sensibiliser au handicap. Je veux changer le regard que l’on peut avoir dessus. Par exemple, on voit souvent que les personnes en fauteuil sont moquées dans les écoles et je voudrais faire avancer ces idées reçues. J’interviens donc dans les écoles pour montrer que rien ne les différencie d’eux, que ce sont elles-aussi des personnes tout à fait normales. Il y a plein de choses à faire de ce côté-là. J’organise aussi des conférences en entreprises ou des journées sportives. Une nouvelle fois, la France est très en retard par rapport aux pays asiatiques, le Japon particulièrement. Néanmoins, la perspective des Jeux de Paris 2024 devrait faire évoluer les choses.

Si la participation aux Jeux Paralympiques de Paris est ton plus grand rêve, quels sont tes objectifs à plus court terme ?

C.N : Les championnats d’Europe à Dublin de cet automne. C’est la seule compétition qui devrait être conservée. Je pense vraiment avoir passé un cap cette année donc j’aimerais vraiment ramener au moins une médaille. Pour le moment, nous ne connaissons aucune autre date en ce contexte particulier. Du coup, je cherche vraiment à m’améliorer à l’entraînement et gagner en technique comme en tactique. Comme je l’ai dit tout à l’heure, j’ai la chance d’avoir un très bon groupe. On se crée des petits défis. Contre les plus jeunes, qui sont souvent dans les 5 meilleurs nationaux, j’essaye de gagner au moins un set. À défaut de réelles échéances, c’est toujours ludique. Ils sont déjà très matures dans leur jeu, donc je ne peux que progresser. Le fait d’affronter tout le monde me permet également d’affronter des jeux très variés, ce n’est que positif pour la suite.

As-tu un rituel particulier avant une compétition ?

C.N : J’ai un petit côté superstitieux. Il peut m’arriver d’avoir un bout de papier sur moi avant un match mais ce ne sont pas des choses incroyables non plus. Par contre, j’ai toujours le même rituel avant une rencontre : je m’isole 30 petites minutes, en écoutant de la musique lors de mon échauffement et en cherchant à tout prix à éviter tout bruit qui pourrait être nuisible à ma concentration. Cette technique me permet de m’exprimer du mieux que je peux au cours d’un match.

Crédits photos : CREPS Pays de la Loire et Badminton Photo

Mathias De Vernejoul – 9 septembre

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