Après avoir présenté Reims et Rennes en révélation de la Ligue 1, quoi de mieux que présenter les équipes surprises de Ligue 2 ? Souvent méconnu, ce championnat formateur est un vivier important de jeunes à fort potentiel que les clubs de l’élite s’empressent d’utiliser (Lyon avec le meilleur buteur zimbabwéen du Havre qu’est Tino Kadewere récemment). Les clubs relégués ont souvent bien du mal à remonter tout de suite de ce championnat réputé comme rugueux. On a pu le constater cette année encore avec d’anciens clubs historiques de Ligue 1 comme Sochaux, Caen, Auxerre ou Guingamp, tous englués dans le ventre mou. Si d’autres comme Lorient, Lens ou Troyes étaient plutôt bien partis dans la course à la montée, des clubs au budget inférieur leur ont posé bien des problèmes. Trois équipes ont été particulièrement surprenantes cette saison, découvrez leur identité ici.

Une nouvelle fois, ce championnat aura (car il ne reprendra probablement pas) été passionnant à suivre. Au moment de l’interruption du championnat après 28 matchs, les 5 premières équipes se tenaient dans un mouchoir de poche, un point séparant chaque place (Lorient 54 pts, Lens 53 pts, Ajaccio 52 pts, Troyes 51 pts et Clermont 50 pts). Le sixième, Le Havre, n’étant qu’à 44 pts, est presque sûr que la montée va se jouer entre ces clubs.

Ajaccio : LA révélation

2 (SC Air Bel)

Tout proche du National l’année dernière et en proie à de grosses difficultés financières (le club étant dans un premier temps relégué par la DNCG), Ajaccio a répondu de la meilleure des manières sur le terrain cette année. Les corses ont proposé un football rafraîchissant étant 4e meilleure attaque et 2e meilleure défense du championnat. De quoi commencer à envisager une remontée dans l’élite, attendue depuis 2014 et tout proche en 2018 ? Ajaccio a cette année engrangé la majeure partie de ses points à l’extérieur (meilleur voyageur du championnat avec 30 pts en 14 matchs) et non à domicile (seulement 10e avec 22 pts en 14 matchs) contrairement à ce que l’on pourrait penser : la pelouse du stade François-Coty (10 000 places) était en début de saison dans un piteux état comme Valenciennes s’en souvient sûrement. La pelouse est aujourd’hui en bien meilleure posture mais ce n’est pas pour autant qu’Ajaccio en a profité…
Si l’ACA est la deuxième meilleure défense de Ligue 2 (22 buts encaissés en 28 matchs), les corses le doivent en grande partie à leur portier Benjamin Leroy (6,25 de moyenne dans France Football). Dernier rempart, il a bien souvent écœuré les attaquants adverses et on peut affirmer sans aucun doute qu’il est le meilleur gardien de la division cette saison : après le légendaire mexicain « Memo » Ochoa, le club semble en passe de pouvoir compter sur un nouveau gardien de talent ! Cette solidité défensive peut également s’expliquer par la présence de l’expérimenté Cédric Avinel (33 ans). L’international guadeloupéen s’est avéré particulièrement intéressant à la fois dans les duels comme dans les relances.

La réussite de cette année tient à la qualité du centre de formation corse : les frères Tramoni en sont les symboles. À commencer par l’aîné Matteo, milieu gauche de 20 ans, qui laisse présager de belles dispositions dans le jeu (2 buts et 4 passes décisives). Son petit frère Lisandru, 17 ans tout juste, est déjà convoité par les plus grands clubs français. Il se fait progressivement sa place dans le groupe professionnel, attention à lui dans les années à venir. On pourrait aussi citer Mounaïm El Idrissy (21 ans) qui a été très utile dans le rôle du « super sub » (seulement 668 minutes de jeu en 21 matchs mais 5 buts).
Des jeunes donc mais aussi beaucoup de recrutement avec les moyens du bord (de prêts notamment) qui se sont pourtant avérées être de belles réussites. À commencer par l’avant-centre belge Hugo Cuypers (23 ans) prêté par l’Olympiakos : 5 buts et 5 passes décisives en 22 rencontres. On peut aussi penser à Cyrille Bayala, 23 ans et ailier droit international burkinabé prêté par Lens (27 matchs, 4 buts et 4 passes décisives). Enfin, l’albanais Qazim Laçi (24 ans) avec 3 buts et 3 passes décisives en 27 matchs, également transfuge de l’Olympiakos, a apporté sa justesse de passe dans l’entrejeu. Malgré une dernière saison éprouvante, l’AC Ajaccio peut-il tout de même réaliser l’exploit et remonter en Ligue 1 dès cette année ? Toute l’île de Beauté en rêve et n’attend que ça, n’ayant plus aucun représentant dans l’élite alors qu’elle en avait parfois deux durant la dernière décennie, partagé entre l’ACA, le SC Bastia et même le Gazélec Ajaccio en 2015-2016.

Clermont : Surprise, vraiment ?

3 (France 3 AURA)

Sixième en 2017-2018, 10e l’année dernière mais après avoir longtemps été dans la course à la montée, Clermont Foot s’est affirmé comme un solide élément de la Domino’s Ligue 2 ces dernières années. Pourtant, Clermont n’est que le 16e budget de la division (8,7 millions d’euros selon L’Équipe), il est également englué dans les profondeurs du classement d’affluence (un peu plus de 3 000 pour un stade pouvant accueillir 10 000 personnes). Pas facile de s’affirmer dans une ville acquise aux rugbymen de l’ASM !
Mais ces dernières années, les motifs d’espoir sont nombreux avec tout d’abord la nomination de la première entraîneuse dans le football français masculin (Corinne Diacre après l’imbroglio Helena Costa). Cette nomination a permis une importante visibilité médiatique qui est sans doute à l’origine de l’achat récent du club par l’ambitieux homme d’affaires suisse Ahmet Schaefer. Pas de projet sur la comète cependant, le mot d’ordre étant la stabilité. Ainsi, le club a réussi à conserver son entraîneur Pascal Gastien, élu meilleur entraîneur de Ligue 2 en 2019. Néanmoins, l’objectif à long terme est bien la Ligue 1 Conforama, le club l’espérant d’ici 3 à 5 ans. La future augmentation du stade Gabriel-Montpied qui devrait passer à 16 000 places d’ici 2023-2024 est bien le signe de cette ambition.

Néanmoins, le club perdant ses deux meilleurs éléments offensifs partis rejoindre l’élite française et italienne (Mathias Pereira Lage à Angers et Florian Ayé à Brescia), cette saison 2019-2020 ne partait pas sous les meilleurs hospices. Surtout que le remplaçant de cette doublette offensive Adrian Grbic (23 ans) apparaissait comme un coup de poker, au mieux un pari (risqué), l’international espoir autrichien n’ayant mis à part la réserve de Stuttgart jamais joué ailleurs que dans son pays. Finalement, ce transfert s’est avéré être une totale réussite, Grbic étant deuxième meilleur buteur de la division (17 buts et 4 passes décisives), il se murmure que de grosses écuries sont déjà à l’affût pour l’année prochaine.
Avec l’expérimenté milieu de terrain uruguayen et capitaine Jonathan Iglesias (31 ans) et le très bon milieu offensif Jason Berthomier (29 ans), le club peut s’appuyer sur une ossature solide. De plus, le recrutement effectué selon les moyens entre prêts et transferts libres est significatif des ambitions à venir, bien des joueurs ayant connu l’étage supérieur (Cédric Houtondji avec Rennes, Maxime Dupé avec Nantes). Attention aux années à venir, le club clermontois pourrait bien rejoindre l’élite plus tôt que prévu.

Chambly, la surprise du chef

4 (Le Parisien)

Souvenez-vous le 8 mai 2018, Les Herbiers s’inclinent en finale de la Coupe de France avec les honneurs contre l’ogre parisien (0-2) après avoir sorti Chambly dans un duel entre équipes de National au tour précédent. Si les vendéens végètent depuis en National 2, les joueurs de l’Oise ont réussi à accéder pour la première fois de leur histoire à l’étage supérieur cette année, un immense défi pour la commune de 10 000 habitants ! Avec l’autre promu Rodez (que l’on aurait également pu citer dans cette rubrique), Chambly apparaissait comme un petit poucet en étant le plus petit budget de la division.
Finalement habitué à gravir les marches les unes après les autres, Chambly aura été tout sauf ridicule dans ce nouveau championnat, tenant la dragée haute à de nombreuses équipes, n’en déplaise au leader lorientais. Une équipe qui monte donc mais sans pour autant trahir les valeurs qui lui sont chères. Ce club familial se transmet de génération en génération : l’entraîneur d’origine italienne Bruno Luzi n’est autre que le fils de l’ancien président du club Walter. Décédé en 2018 juste après avoir vu l’exploit de son club contre Strasbourg (quart de finale), le club peut toujours compter sur son 12e homme depuis là-haut.

Chambly a pu compter sur des joueurs à fond dans le projet du club. Pas forcément les plus talentueux, beaucoup n’ayant encore jamais connus le monde professionnel mais qu’ils compensaient par une détermination sans faille. Chambly a d’ailleurs pu compter dans son effectif sur beaucoup d’anciens joueurs de son bourreau herbretais tel le milieu défensif Joachim Eickmayer ou le défenseur central Guillaume Dequaire, un comble. Nombre de joueurs méconnus se sont révélés aux yeux du grand public comme Thibault Jaques (31 ans) le capitaine et défenseur central (et buteur avec déjà 5 buts en L2) qui s’est affirmé comme l’un des meilleurs défenseurs de Ligue 2. Le milieu offensif international guadeloupéen Florian David (5 buts en 27 matchs) a également été précieux tout comme l’avant-centre Lassana Doucouré, toujours généreux dans l’effort.
Après un début de saison tonitruant où le club jouait les premiers rôles, le FCCO a connu un gros passage à vide pendant l’hiver et commençait à flirter dangereusement avec la zone rouge. Son inconstance était flagrante, Chambly étant capable d’atomiser Troyes prétendant à la Ligue 1 à l’extérieur (15e journée, 0-4) comme de perdre à domicile contre le Paris FC (24e journée, 1-2) qui lutte pour ne pas descendre en National. Mais l’orage passé, les isariens se donnaient de l’air allant même s’imposer à Lorient. Au moment de l’interruption du championnat, Chambly avait ainsi pris 7 point sur 9 lors de ses trois dernières rencontres, de quoi laisser présager un maintien finalement assez tranquille qui aurait été difficilement pronostiquable en début de saison. Avec en plus l’arrivée d’une nouvelle enceinte flambante neuve (transformation du Stade des Marais qui devrait être d’une capacité de 4 550 places avec trois tribunes, une d’honneur et deux derrière les buts) pour le plus grand plaisir de ses fidèles supporters, le FC Chambly devrait pouvoir vivre paisiblement ces prochaines années.

Crédits photos : Corse Matin, BeIn Sports, Le Parisien, SC Air Bel, France 3 AURA et Le Parisien (2)

 

Mathias de Vernejoul – 28 avril

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