Et si Feliciano Lopez avait raison ? « Il est très peu probable qu’une génération comme le Big 3 revienne » a-t-il lâché. « Big 3 », un mot, un seul, pour décrire toute une domination, une hégémonie, exercée par les nouvelles légendes du tennis : Rafael Nadal, Novak Djokovic et Roger Federer. À eux trois, ils comptabilisent un nombre de 56 grands chelems remportés, un nombre ahurissant. Mais l’heure de la passation de pouvoir ne cesse de s’approcher au fil des années. Trois nouveaux mousquetaires pourraient remplacer les anciens, mais cette fois il sera bon d’en noter un quatrième, un D’Artagnan. Néanmoins, seront-ils réellement capable de réitérer ce que les trois grands ont accompli durant ces dernières années ? Pour Lopez, « c’est peu probable », ce qui rend la succession d’autant plus complexe. Regard sur cette nouvelle génération qui pourrait être à la tête de la planète dans les prochaines années.

Dominic Thiem, le favori

2 (Le Parisien)

Il n’est ni le plus jeune, ni le plus âgé. À 26 ans, Dominic Thiem a déjà pu démontrer qu’il était apte à devenir un grand champion. Alors que la terre battue semble être son domaine de prédilection, il ne cesse de progresser sur les autres surfaces que propose le calendrier ATP à savoir le dur (outdoor ou indoor) et le gazon. L’autrichien reste toutefois fébrile sur cette dernière surface à en voir ces prestations à Wimbledon, tournoi dans lequel il n’a jamais dépassé le stade des 1/8 de finale. Encourageant certes, mais est-ce suffisant pour prétendre au trône ? Probablement pas. Toutefois, Thiem compense une future désillusion durant la quinzaine londonienne par de remarquables performances lors d’une autre quinzaine : Roland-Garros, placé sur le calendrier en amont de celle sur gazon.
Durant l’année 2016, alors âgé de 22 ans, le joueur autrichien parvient à se frayer un chemin jusqu’au stade des ½ finales où il tombe sur un excellent et futur vainqueur Novak Djokovic. La revanche a été rapidement prise puisqu’elle survient un an après lors des ¼ de finale de ces mêmes Internationaux de France. Le match est à sens unique et pour faire bonne figure, Thiem inflige un 6-0 au grand « Nole » dans le troisième et dernier set. Il est de nouveau stoppé en demi-finale par celui qui signera une Décima légendaire : Rafael Nadal, l’éternel maître des lieux. Les deux prochaines éditions se ressemblent étrangement. Deux finales Thiem-Nadal, deux victoires pour Rafa qui porte ainsi son nombre de titres sur la terre battue parisienne à 12. Mais alors compte tenu des dernières éditions, ne va-t-on pas assister dans les prochaines années à un « mano a mano » Porte d’Auteuil entre le légendaire Rafael Nadal et l’étoile montante Dominic Thiem ? Cette hypothèse est plus que plausible, tant le niveau sur terre de Thiem ne cesse de prendre de l’ampleur au fil des années.

Pour ce qui est de l’autre surface, outre le gazon, Dominic Thiem progresse. Ainsi, son Open d’Australie 2020 dans lequel il parvient à se hisser jusqu’en finale, n’est que l’accomplissement d’un travail acharné et à long-terme. Par ailleurs avant cette finale, Novak Djokovic, son futur adversaire, avoue être séduit par Dominic Thiem : « c’est clairement l’un des meilleurs joueurs au monde et il mérite d’être là. Il a beaucoup fait progresser son jeu sur dur car il était plus adapté aux surfaces plus lentes. La terre reste sa surface favorite mais gagner Indian Wells en battant Roger (NDLR : Federer) en finale lui a probablement donné énormément de confiance et fait comprendre qu’il pouvait remporter des gros tournois sur d’autres surfaces. ». Mais malgré ces belles paroles, « Nole » triomphe pour la 8e fois en territoire australien. Sur terre battue, le duel entre ces deux protagonistes tourne régulièrement à l’avantage de l’autrichien mais le serbe est toujours aussi dominant sur dur. La riposte est d’autant plus sévère lorsqu’on s’attaque à son grand chelem préférentiel qui n’est autre que l’Open d’Australie.
La route s’avère encore longue et tortueuse mais sa troisième place au classement ATP, toute fraîchement obtenue, délogeant ainsi Federer du « Big Three » ce qui le place dans l’orbite des grands. De par son jeu complet, son revers à une main imitant celui de Roger, sa maturité et son humilité, Dominic Thiem s’avère être le prétendant numéro un. Le fringant cogneur métronomique est l’incarnation presque parfaite de ce « Big 3 » légendaire.

Stefanos Tsitsipas en embuscade

3 (Libération)

La précocité n’est point le facteur prédominant qui forge l’aptitude d’un quelconque joueur à devenir un champion. Stefanos Tsitsipas alors âgé de 21 ans, est l’un des plus jeunes à prétendre à la succession du trio de tête. C’est lors de la saison 2019 que le joueur grec se révèle réellement aux yeux du grand public. Même si en 2018, il remporte deux tournois (Open de Stockholm et le « Next Gen » à Milan) et se hisse notamment en finale du Master 1000 de Montréal (finale perdue contre Rafael Nadal), son année 2019 est d’autant plus fructueuse. Bref, afin de bien commencer l’exercice 2019, Tsitsipas réalise un remarquable Open d’Australie en allant jusqu’au stade des demi-finales après avoir éliminé notamment le suisse Roger Federer en huitième de finale. Malheureusement lors du dernier carré du grand chelem australien, il tombera sur Rafael Nadal qui s’avérera impuissant deux jours après contre un Novak Djokovic impérial.
Mais au fond, le grec a pu finalement montrer au monde entier que le « Big 3 » reste fondamentalement friable et que la « Next Gen » arrive pour jouer les trouble-fêtes. Afin de poursuivre dans cet élan, Stefanos Tsitsipas remporte un mois après son premier tournoi de l’année : l’Open 13 Provence à Marseille (ATP 250). Un titre par ailleurs qu’il conservera lors de l’édition 2020. Par la suite fin avril, il enlève la 29e édition du Millenium Estoril Open, connu anciennement sous le nom d’Open d’Estoril. Au mois de mai, alors que la quinzaine parisienne arrive à grandes enjambées, le joueur grec se hisse en finale du Master 1000 de Madrid où il est défait, impuissant, contre Novak Djokovic. Les résultats sont par la suite un peu plus décevants. Les quinzaines parisiennes, londoniennes et américaines ont été peu réussies même s’il parvient à Roland-Garros jusqu’en huitième de finale.

Alors, clap de fin ? Surement pas, le « come back » n’est que plus brillant et remarquable. Par conséquent, voulant oublier les derniers mois compliqués, Stefanos Tsitsipas arrive jusqu’en finale du China Open mais il est contraint de s’incliner devant un autre prétendant et semblablement mieux placé dans la hiérarchie : Dominic Thiem, l’intrépide autrichien. En revanche, après avoir réalisé de bonnes performances dans les deux derniers Masters 1000 de la saison, à savoir ceux de Shanghai et de Paris-Bercy, le jeune joueur grec termine 2019 de la meilleure des manières en prenant une grande revanche sur son futur principal rival Dominic Thiem. Il remporte ainsi le Nitto ATP Finals qui réunit chaque année les 8 meilleurs joueurs mondiaux. Parce que oui, Tsitsipas en fait parti et pourrait y rester à jamais !
Néanmoins, l’orage survient brutalement, ironisant la situation incendiaire que connait l’Australie lorsque l’Open d’Australie 2020 débute sous le coup de quelques polémiques. Stefanos Tsitsipas quitte le tournoi dès le troisième tour où il tombe contre le canadien Milos Raonic sans apporter une certaine résistance. S’il ne perd pas sa sixième place au classement ATP, il s’éloigne un peu plus de la cinquième place occupée actuellement par le russe Daniil Medvedev. Fréquemment nommé comme le futur numéro un mondial, Stefanos Tsitsipas se doit de montrer un tout autre visage lorsque la saison tennistique reprendra ; pour l’heure, cela semble lointain. Fan, enfant d’un certain Roger Federer, le grec a repris quelque traits de son idole : revers à une main ou même le bandana afin de retenir ses longs cheveux. Freiné certes dans son élan par des prétendants tout aussi compétiteurs, le tenant en joue, Tsitsipas est toutefois un prétendant sérieux et capable de devenir au fil des années un véritable cador. Pete Sampras ne peut que s’en réjouir.

Pour Daniil Medvedev, l’heure de la confirmation a sonnée

4 (La Croix)

Le tennis russe n’a jamais réellement brillé mais Daniil Medvedev, du haut de ses 24 ans, pourrait faire grandir tennistiquement son pays natal. Après deux années 2017 et 2018 dans lesquelles il obtient des résultats en dent de scie, le joueur russe semble avoir trouvé le juste équilibre en 2019 ; et quel équilibre ! Effectivement, son bilan de fin d’année est excellent de par sa progression fulgurante au classement ATP en passant de la 14e place au début de Roland-Garros à la 5e place à la fin de saison. Et cette progression, Daniil Medvedev la doit à ses nombreux titres acquis lors des Masters 1000 de Cincinnati et de Shanghai mais aussi à son superbe parcours à l’US Open dans lequel il atteint la finale, une première pour lui en grand chelem. Nadal en a toutefois décidé autrement, ainsi Medvedev tombe si près du but. Mais à l’instar de ce qu’a prouvé Stefanos Tsitsipas quelques mois avant, le « Grand Trio » (à la française) est de moins en moins indétrônable.
Globalement, Medvedev s’avère tout de même intrigant tant sa progression s’est effectuée exponentiellement. Comment cela est-ce possible alors que le début de saison 2019 paraissait si semblable à ceux des années précédentes ? Un changement mental et physique radical selon toutes vraisemblances. Ainsi, il rend la tâche de la succession beaucoup plus fastidieuse en rajoutant son nom sur la liste. Et ce n’est pas n’importe quel nom, ce nom pourrait même régner dans les prochaines saisons à la tête du classement ATP, laissant amer ses concurrents. Et si au fond, le « Big 3 » venaient à être restitué sans faire de tort au quatrième ? Le « Big 3 », symbole majeur d’une hégémonie hors du commun, pourrait alors se rajeunir en choisissant pour un autre mandat de nouveaux joueurs pour régner. Ainsi comme son nom l’indique, il serait composé de trois membres qui ne seraient autre que Dominic Thiem, Stefanos Tsitsipas et Daniil Medvedev. Alternative envisageable, qu’en pensent les patrons ?

Alexander Zverev, le personnage ambigu

ALEXANDER ZVEREV (GER)

TENNIS , AUSTRALIAN OPEN,  MELBOURNE PARK, MELBOURNE, VICTORIA, AUSTRALIA, GRAND SLAM, HARD COURT, OUTDOOR, ITF, ATP, WTA, 2020

Alexander Zverev a tout d’un champion ou presque. Grand, athlétique, charismatique, appliqué et rigoureux certes, mais le palmarès semble difficilement suivre la cadence. Malgré de nombreuses performances remarquables comme ses trois titres en masters 1000, Zverev présente toujours autant de lacunes en grand chelem. Mais finalement, sa demi-finale lors du dernier Open d’Australie constituant ainsi sa meilleure performance en GC adoucit certains propos malsains émis à son égard. Cet Australian Open pourrait-il être un véritable déclic pour le joueur allemand ? La situation actuelle ne permet pas une totale vérification.
Toutefois, il reste parmi les prétendants étant donné qu’il s’avère être confortablement placé au classement ATP. Brillant chez les juniors où ses résultats lui permettent d’atteindre la première place mondiale, il débute sa carrière professionnelle en 2014. D’année en année, il se forge une place dans le tennis mondial. C’est toutefois en 2017 que Zverev, alors âgé de tout juste 20 ans, explose et montre que sa place est bel et bien parmi les plus grands. Avec un nombre total de 5 titres dont 2 Masters 1000 (Rome et Montréal), il atteint en fin d’année la 3e place au classement ATP. Il n’a néanmoins jamais dépassé ce stade.
Mais au sortir de 2017, le joueur allemand peut tirer un bilan en demi-teinte de par ses prestations décevantes sur les quatre tournois du Grand-Chelem. Aujourd’hui, même si l’Open d’Australie 2020 peut le contredire, il s’agit toujours du même problème. Pendant que les autres prétendants progressent, Sascha (diminutif d’« Alexander » en russe) quant à lui plafonne. Mais alors, qu’est-ce-qui a changé depuis 2017 ? Globalement rien, mis à part le fait que de nombreux concurrents sont entrés dans la course, rendant ainsi la tâche beaucoup plus fastidieuse. Au grand malheur du tennis allemand qui semblait prendre le chemin du sommet avec ce phénomène, il faudra peut-être attendre plus longtemps. Toutefois, celui-ci sera de la partie et pourrait bien contribuer à la réhabilitation du « Big 4 ». Boris Becker peut rester serein, sa descendance sera honorée. Oui, jamais, au grand jamais, Zverev n’abdique.

Crédits photos : Tennis Head, Le Parisien, Libération, La Croix et Breaking News

 

Antonin Fromentel – 24 avril

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