Pendant ce confinement et de manière récurrente, nous tenterons de vous faire revivre les plus grands exploits du sport français et mondial de ces dernières années. Aujourd’hui, nous débutons avec le tennis et la prouesse de la française Virginie Razzano qui avait sortie en 2012 la numéro une mondiale Serena Williams et ce dès le premier tour. Accrochez-vous, le replay est lancé !

Les forces en présence :

2

Sur ce premier tour, deux mondes s’opposent littéralement. D’un côté, la plus jeune des sœurs Williams, j’ai nommé Serena. 5e mondiale avant le match, elle compte 13 titres du grand chelem à son actif dont un du côté de Porte d’Auteuil en 2002 contre sa sœur Venus (7-5/6-3). Elle débute son année 2012 par une déception à Melbourne et une défaite en 1/8 de finale qui lui laisse un goût amer, en attendant la terre. Dès que celle-ci arrive, Serena Williams laisse parler son talent notamment à Charleston aux États-Unis et un triomphe en finale face à Lucie Safarova (6-0/6-1). Par la suite, elle ne fait qu’une bouchée de ses adversaires juste avant d’entamer les Internationaux de France, dans un premier temps à Madrid où elle se paye le scalp de la n°1 mondiale Victoria Azarenka (6-1/6-3) puis à Rome où elle déclare forfait en demies mais maîtrise son sujet le reste du temps. Autant dire que son objectif est clair, laver son honneur après un Australian Open médiocre et confirmer sa belle forme sur terre battue en soulevant la coupe Suzanne Lenglen !
Quant à Virginie Razzano, la chanson n’est visiblement pas la même et son classement si proche du top 100 l’a fait ramer. Opposée à des adversaires redoutables comme Sabine Lisicki (GER) pour son premier tournoi de la saison, elle n’arrive pas à trouver la solution et fait même preuve de malchance en tombant sur sa compatriote Marion Bartoli au premier tour de l’Open d’Australie qui ne lui fait pas de cadeaux (5-7/0-6). Hormis une petite éclaircie à Doha où elle sort des qualifications et rallie le second tour, son début de saison est loin d’être idyllique la contraignant même à retourner sur le circuit ITF pour retrouver la confiance. Peinant toujours à enchaîner les victoires, elle arrive aux Internationaux de Strasbourg dans le doute le plus absolu mais réussit à décrocher un succès face à la 42e au WTA. Son capital confiance n’est certainement pas au beau fixe mais elle peut croire en ses chances face à Serena Williams, elle qui compte un 1/8 de finale à Paris en 2009 et qui jouera devant son public français qui ne cessera pas de la pousser à l’exploit !

Le match :

3 (Le Nouvelliste)

30 mai 2012, le central Philippe Chatrier s’apprête à assister à l’entrée en lice de Serena Williams, grandissime favorite à ce moment-là pour le trophée et qui avait la tâche d’éliminer Virginie Razzano. La française avait fait pleurer le court tout entier l’an dernier après la mort de son compagnon Stéphane Vidal et compte bien le faire cette fois-ci mais avec une bonne nouvelle, pourquoi pas une prouesse ? Son entame de match est portée vers l’attaque ce qui met directement Williams en difficulté, obligée de concéder le break qu’elle ne tardera pas à effacer avec sérieux et puissance. Dans la foulée, Razzano reprend son avantage et l’accentue pour mener 3 jeux à 1 et pousser l’américaine à s’employer dans ce premier set. Malgré sa supériorité du fond de court à l’entame, la française se fait remonter à 4-2 et subit la déferlante Williams bien déterminée à empocher la première manche malgré des difficultés à s’imposer. Sur une double faute de Razzano, la tête de série n°5 remporte la première manche non sans mal et avec une combativité extraordinaire en face d’elle (6-4).
Statu quo au début de la seconde manche, les deux joueuses se neutralisent avec une Williams puissante mais qui a du mal à bouger et une Razzano offensive mais qui tombe parfois dans son propre piège. Les jeux s’enchaînent et l’américaine semble avoir retrouvé une partie de ses facultés de déplacement, chaque échange est très disputé à coups d’ogives nucléaires et personne n’arrive réellement à prendre l’ascendant sur l’autre. Tout cela nous mène donc vers un tie break très bien entamé par Serena Williams qui prend très vite l’avantage 4 points à 0, il ne lui manque plus que 3 points qui resteront sa hantise… En effet, en partant de 5 à 1, elle se fait égaliser et voit la française revenir et la bousculer de plus en plus. L’issue est fatale, Razzano attaque et porte un coup droit qui achève Williams qui renvoie dans le filet, deuxième set en faveur de son adversaire 7 points à 5 dans le tie break !

4 (L'Express)

Tout est à refaire (ou presque) pour les deux joueuses, l’une doit se reprendre avant de passer à la trappe, tandis que l’autre est plutôt proche d’un exploit inouï sur le central de Roland Garros. Fait rarissime, Serena Williams semble déstabilisée et perdue sur le court, elle concède d’entrée de 3e manche le break. Un, puis deux, puis trois, puis quatre jeux de suite pour la française qui se retrouve à 2 petits jeux de créer la sensation. 5-0 et 30-30 dans le 6e jeu, il ne manque plus que deux points mais c’est à ce moment précis que la bascule de confiance s’opère à nouveau et change de camp. Courageuse et entreprenante, Virginie Razzano fait face à une américaine énervée et solide dans ses coups qui tente la « remontada » improbable de 5 jeux, pas une bagatelle ! L’histoire va s’écrire à 5-3 pour la française, un jeu où égalités et balles de débreaks ou de match vont se succéder pendant de longues minutes. La fatigue se fait ressentir de part et d’autre, Razzano en serait presque crampée mais s’accroche en bon soldat et tente tout comme son adversaire de trouver la faille qui la fera craquer. Huitième égalité et quatrième balle de match, la rencontre a bien failli s’arrêter à ce moment-là mais la française voit son revers sortir en fond de court, la tension monte dans le public. La balle de la délivrance arrive, Virginie Razzano se déplace encore bien à cet instant du match et déséquilibre Serena Williams qui renvoie un revers trop long qui fait déplacer l’arbitre qui s’annonce être le juge. C’est fait, la française exulte et saute de joie car elle a réalisé l’impensable avant cette rencontre : elle s’adjuge une top 5 mondiale sur le Philippe Chatrier à 29 ans et sous un ciel indien ! Le public se lève et l’acclame, même le président de la Fédération Française de Tennis n’en revient pas et ne cache pas sa joie, une ligne inoubliable de la longue histoire de Roland Garros vient de s’écrire.

Le chiffre à retenir : 106

Ce nombre représente le nombre de places d’écart entre la française qui se classe 111e et l’américaine qui pointe au cinquième rang mondial à ce moment-là. Sportivement, c’est un exploit que Razzano a réalisé mais il est aussi statistique, car l’outsider se paye la tête de série n°5 et au passage une joueuse du top 10 ce qui n’est pas commun quand on se classe en dehors du top 100. De plus, Williams sort dès le premier tour ce qui renforce l’effet de surprise quand on connaît les ambitions de l’américaine en grand chelem, elle qui en 46 participations n’avait jamais rompu d’entrée !

Quels enseignements en tirer ?

5 (20 Minutes)

Il est indéniable que cette rencontre restera gravée dans l’histoire du tennis français et cataloguée comme un exploit hors norme. Néanmoins, c’est une leçon de courage et d’abnégation que Virginie Razzano a infligé à tout le monde au terme de 3 heures de combat sans relâche mais aussi pour le symbole. En effet, la française avait perdu un an plus tôt son compagnon Stéphane Vidal qui était aussi son entraîneur, décédé des suites d’une tumeur au cerveau. À 29 ans, elle décroche « la plus belle victoire de sa carrière » selon ses mots mais malheureusement ne confirme pas derrière face à la néerlandaise Arantxa Rus à l’époque 88e mondiale (3-6/6-7). Elle termine l’année hors du top 100 mais peut se satisfaire d’avoir obtenu son ticket pour le tableau final de Wimbledon et de l’US Open, le meilleur reste à venir !
Concernant Serena Williams, elle se disait « nerveuse en rentrant sur le court, les jambes tétanisées et les pieds cloués au sol » comme elle l’affirmait elle-même. En 46 participations, elle n’a jamais connu une défaite dès le premier tour en grand chelem, de quoi la piquer au vif et lui lancer un signal d’avertissement clair pour la suite. Dès Wimbledon, elle remet les pendules à l’heure et va terminer en trombe son année 2012 avec le titre à Londres et à New York mais aussi le Masters avec les 8 meilleures joueuses mondiales qu’elle écrase sans vergogne. Finalement, cette défaite prématurée n’était qu’un signe avant-coureur de magnifiques trophées qu’elle allait remporter !

Ce jour restera l’un des plus gros hold-up du tennis français sur la scène internationale, pas forcément reconnu à sa juste valeur mais qui pourtant a transcendé Virginie Razzano et ravi le public français. Il s’agissait là du premier numéro de notre rubrique « Le jour où… » qui se devait de commencer par ce duel Razzano-Williams, rendez-vous la semaine prochaine pour un deuxième volet !

Crédits photos : France Info, Le Nouvelliste, L’Express et 20 minutes

 

Pavel Clauzard – 12 avril

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