Deuxième volet des révélations de la Ligue 1 avec le Stade Rennais, un club unique en son genre. Il est sans doute l’un des rares clubs capables de passer d’équipe morne et sans réelle ambition (après la probante saison 2018-2019) en potentiel candidat à la Ligue des Champions quelques mois plus tard. Attention, tout peut aller très vite et on peut s’attendre à tout avec les Rouges et Noirs !

Rennes : Tout sauf un long fleuve tranquille…

2 (L'Equipe)

Souvent décrié pour son incapacité chronique à enrichir son palmarès, toujours placé mais jamais gagnant, le club breton semble en passe d’avoir brisé la malédiction ! En remportant la Coupe de France face au Paris Saint Germain, la 3e de son histoire dont la dernière datait de 48 ans, cette équipe s’est remis à rêver. L’année dernière a été historique sur tous les points. En plus de la coupe, les Rouges et Noirs auront fait vibrer la France entière en étant le seul motif de satisfaction des clubs français engagés. Leur splendide victoire à Séville et la communion avec ses supporters venus en nombre ou l’ambiance à l’Emirates Stadium resteront dans les mémoires.
Cette année n’est en revanche pas partie de la meilleure des manières. Rapidement éliminé de l’Europa League, le Stade Rennais a cependant montré des motifs d’espoir et même une abnégation certaine. Pour cette dernière, cela pourrait se caractériser par le cruel match perdu face à Cluj à 9 contre 11 affichant une abnégation certaine, sans oublier la victoire de prestige avec une équipe bis contre la Lazio et une motivation sans faille malgré le manque d’enjeux. Les tensions entre le jeune entraîneur Julien Stéphan et le président Olivier Létang ne cessaient de durcir, le club a entamé un véritable récital en décembre. Englué jusque-là dans le ventre mou, les bretons se sont mis à rêver de Ligue des Champions. L’arrivée d’un des champions du monde en titre qu’est Steven Nzonzi lors de la trêve hivernale allait dans ce sens. Et alors que tout allait pour le mieux, coup de tonnerre (de Brest, enfin presque !) le 7 février dernier avec l’éviction d’Olivier Létang, Rennes ou le club aux multiples rebondissements : c’est bien cela qui fait son charme !

Un effectif équilibré où chacun trouve sa place

3 (Wiw Sport)

L’une des forces du succès rennais réside dans son homogénéité. Difficile en effet de lui trouver de réels points faibles. Le gardien Edouard Mendy, révélation rémoise l’année dernière, a rapidement plongé Koubek aux oubliettes (mis à part son sprint d’anthologie contre le PSG après la finale, inoubliable !), étant l’un des meilleurs gardiens du championnat. La défense s’est dans l’ensemble avérée très solide avec 24 buts encaissés en 28 matchs, l’arrivée de Jérémy Morel (35 ans) qui a été largement critiqué au début car vieillissant s’est finalement transformé en réussite. Il a permis de pérenniser la défense avec un autre joueur d’expérience (le solide capitaine Da Silva). Ils compensent des jeunes rapides mais encore relativement peu expérimentés que sont les latéraux offensifs Maouassa à gauche et Traoré à droite et physiques (le roc central Joris Gnagnon, 1 m 82 pour 89 kg, revenu à la maison cet été en prêt après une difficile escapade andalouse au Séville FC). Le milieu semble tout aussi intéressant entre l’expérience du champion du monde Steven Nzonzi et la pépite Eduardo Camavinga, 17 ans.
Enfin, la performance offensive du club est également honorable (7e de Ligue 1 avec 38 buts). Surtout, la paire Niang (10 buts)-Raphinha (5 buts, 3 passes décisives) semble s’être trouvée au cours de la saison une certaine complémentarité après un temps d’adaptation nécessaire lors de l’arrivée du dernier. Cependant, la réussite tient également à des joueurs qui se sont métamorphosés au fur et à mesure de leur séjour en Bretagne. Ainsi, le club a su tirer profit de joueurs que l’on pensait être comme des erreurs de casting. Si Rennes a encore des joueurs pouvant apparaître pour le moment comme des recrutements ratés (Siebatcheu, Guitane, Diafra Sakho par le passé), ces derniers sont largement compensés par des réussites inattendues. On pense à Romain Del Castillo, très moyen lors de sa première saison et qui a finalement réalisé une belle 2e saison (5 passes décisives), à l’image du local Adrien Hunou l’année d’avant (7 buts en 19 matchs de Ligue 1 en 2018-2019 qui a poursuivi sur sa lancée cette saison avec 8 buts en 23 matchs). Souvent critiqué et quelque peu maladroit auparavant, ces deux dernières saisons apparaissent comme une belle revanche pour Hunou démontrant qu’il a mûri dans son jeu, étant bien plus lucide face au but.

Les transferts de cette année vont dans ce sens, ceux qui apparaissaient comme des flops étaient en passe de devenir des bons coups : Raphinha, recrue phare de l’été, a mis du temps à prendre ses aises, temps d’adaptation pour le Brésilien oblige. Depuis, il montre des aptitudes intéressantes balle au pied qui commence à justifier le coût très élevé de son transfert. Dans la même mesure, Flavien Tait qui est sans doute le meilleur angevin de l’an dernier a aussi démontré sa valeur, lui qui fut laborieux lors de ses débuts même si ses dernières prestations (et ses premières réalisations) commençaient tout juste à contredire ces idées reçues. À l’inverse, les cartes peuvent être rebattues pour des joueurs pourtant brillant l’année dernière : l’exemple de Benjamin Bourigeaud, excellent dans l’entrejeu et impressionnant en Europa League (ce qui lui a valu les convoitises de plusieurs grands d’Europe) en est la preuve. Avec l’explosion de Camavinga, il bénéficie de moins de temps de jeu et doit apprendre à devenir davantage polyvalent s’il veut augmenter celui-ci. Tout le monde peut donc avoir la chance de briller sous le maillot rennais, il faut d’ailleurs en profiter car cette situation peut ne pas durer !

Un centre de formation réputé en Europe qui a su être mis en valeur

4 (France Bleu)

Dembelé, Brahimi, Wiltord, Bakayoko, Gourcuff, M’Vila… La qualité de formation du club rennais n’est plus à prouver ! Dernièrement, la formation bretonne s’est trouvée une nouvelle coqueluche en la personne d’Eduardo Camavinga : le virevoltant milieu né en Angola impressionne dans l’entrejeu par sa fluidité de passe et une maturité certaine alors qu’il n’a que 17 ans. Des qualités qui affolent déjà les plus grands d’Europe : il se murmure que Zidane aurait déjà un œil avisé sur le prodige rennais. Quoi qu’il en soit, Camavinga sera l’une des attractions du prochain mercato et le report de l’Euro en 2021 pourrait lui être profitable, lui qui vient d’obtenir la nationalité française. Cependant, Camavinga n’est pas le seul talent issu du vivier maison : attention à l’ailier Yann Gboho (19 ans) qui a déjà délivré Rennes au bout du temps additionnel contre Toulouse, au latéral droit Sacha Boey (19 ans également) doublure d’Hamari Traoré, ou encore dans une moindre mesure à Lucas Da Cunha (18 ans) qui pointe lui aussi le bout de son nez. La relève est déjà assurée !
Mais cette éclosion est aussi l’œuvre d’un entraîneur, tout jeune également : Julien Stéphan. À 39 ans, le breton ne laisse déjà personne indifférent, entre l’admiration de ceux qui l’entourent et la jalousie de ceux qui justifient sa nomination par son nom de famille (il est le fils de Guy Stéphan, adjoint de Didier Deschamps). Cependant, même ses plus féroces détracteurs ne pourront lui reprocher son succès après avoir attendu sagement son heure : il a en effet dû patienter 13 ans avant que l’opportunité d’entraîner Rennes ne se présente. Ses résultats plus que bons avec la réserve (deux montées de suite en terminant champion) ne peuvent dépendre d’un unique nom de famille. Si Stéphan a réussi, il le doit à son travail, lui le méticuleux qui prenait déjà les conseils prodigués par les entraîneurs les plus expérimentés (Christian Gourcuff et sa fameuse intelligence collective en tête) lorsqu’il entrainait les plus jeunes. Cette observation précoce fait la force des discours de Stéphan, avec des métaphores improbables (exemple du crayon à papier, seul il casse mais ensemble il est impossible de les briser) pour motiver ses joueurs, de telles qualités sont rares à cet âge-là. Stéphan est assurément un futur grand entraîneur français qui a tout pour coller avec Rennes pendant un bon moment, lui qui n’a pas peur de lancer les plus jeunes dans le grand bain.

De grandes ambitions pour l’avenir

FBL-FRA-LIGUE1-RENNES-NANTES

L’argent investi cet été est bien le signe d’une ambition retrouvée. Avec l’arrivée du technique ailier brésilien Raphinha en provenance du Sporting Portugal pour 21 millions d’euros, le Stade Rennais a envoyé un signal fort aux clubs de la Ligue 1 qui hormis le PSG, l’OL, l’OM (sous certaines conditions, pas forcément en ce moment, fair-play financier oblige) ou Monaco, ne peuvent investir de telles sommes. Si l’épopée européenne et la vente conséquente de la révélation Ismaïla Sarr à la riche Premier League (Watford, 30 millions d’euros plus 5 de bonus) a bien évidemment facilité le transfert, ce n’est pas le seul élément à prendre en compte. Le club a en effet déjà par le passé récolté des montants conséquents de ses ventes comme avec Ousmane Dembélé, vendu seulement 15 millions d’euros à Dortmund. Cependant, les bonus lors du transfert à Barcelone avaient rapportés 35 millions supplémentaires, sans pour autant réinvestir de telles sommes. C’est bien simple, jamais le richissime propriétaire rennais François-Henri Pinault n’avait mis autant d’argent depuis le célèbre mercato de 2000, où pris par la folie des grandeurs, le club avait notamment recruté Severino Lucas pour 21,3 millions d’euros. L’option d’achat levée (15 millions d’euros, Torino) pour l’excellent avant-centre M’Baye Niang, l’international sénégalais à la carrière précoce (à l’AC Milan à 17 ans !) mais devenue tumultueuse en Italie semble enfin avoir trouvé chaussure à son pied en Bretagne (11 buts l’année dernière en ligue 1 et 10 cette année).

Le prêt cet hiver de Steven Nzonzi a fait passer le club dans une autre dimension et est source de nombreux débats. Avec son salaire mirobolant estimé à 400 000 euros bruts mensuels, un tel transfert faisait automatiquement passé la formation bretonne dans le cercle restreint des gros clubs, rare sont les équipes européennes hormis en Premier League pouvant accorder un tel salaire. Un transfert était-il prématuré ? Est-ce que Rennes était réellement prêt à l’assumer après seulement une saison en Europa League ? Le club n’aurait-il pas mieux fait de rester avec des salaires raisonnables à l’instar de la grande majorité de la Ligue 1 ? Autant de questions qui ont peut-être coûté la place à Olivier Létang.
Mais la récente arrivée de Nicolas Holveck en remplacement a sûrement rassuré les supporters. Après avoir gravi tous les échelons à l’AS Nancy-Lorraine où il était entré comme stagiaire en 1997 jusqu’à devenir directeur général, il y avait laissé un excellent souvenir. Holveck a ensuite pris la direction de l’AS Monaco en 2014 où il occupait le poste de directeur général adjoint. Il a donc participé à l’épopée du club en Ligue des Champions en 2017 et pu assister à l’éclosion d’un certain Kylian Mbappé avant de quitter le club monégasque début mars. Ce parcours montre bien que Rennes semble se donner des moyens à la hauteur de ses ambitions, attention aux rennais dans les années à venir donc. Si ce n’est pas vraiment le cas des dirigeants, les résultats sportifs semblent eux se stabiliser vers le haut


Un début de saison chaotique, une élimination encore décevante en demi-finale de la Coupe de France à Saint-Etienne pour le tenant du titre. Et pourtant contre vents et marées, le club poursuit sa progression dans la lignée des deux saisons précédentes : Europa League et vainqueur de la coupe de France. Prochaine étape la Ligue des Champions ? Avec sa 3e place actuelle, Rennes s’en donne les moyens et peut commencer à y croire. Ainsi, ce vœu encore utopiste il y a quelques années devient clairement l’objectif affiché à plus ou moins court terme. Dans tous les cas, les rennais pourront compter sur leurs fidèles supporters pour donner de la voix aux quatre coins de l’Europe !

Crédits photos : Foot sur 7, L’Equipe, Wiw Sport, France Bleu et Francetv sport

 

Mathias de Vernejoul – 10 avril

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