La puissante équipe INEOS anciennement Sky va trouver de la concurrence dans les saisons à venir. Équipe néerlandaise, la Team Jumbo-Visma émerge d’année en année quantitativement et qualitativement afin de devenir l’une des meilleurs équipes du peloton professionnel. Stopper l’hégémonie « INEOS » sur les grands tours, tel est le souhait de Richard Plugge l’actuel directeur général de la formation néerlandaise. En est-elle néanmoins capable ? Capable de rivaliser avec une équipe imposante, « maitre du jeu » métronomique, tant impressionnante qu’enviée mais aussi tant critiquée ? « Critiquée »… En effet, il faut souffrir pour être fort ! À quoi ressemblera 2020, synonyme de bascule imposante vers une toute nouvelle décennie ? Traçons par conséquent dans l’ombre des années précédentes un portrait de deux équipes ne voulant qu’une seule et véritable chose : la gloire.

Domination british, affirmation néerlandaise

2 (Eurosport)

À l’orée d’une nouvelle bataille, la Team INEOS prépare l’avenir en enregistrant l’arrivée du récent vainqueur du Giro qu’est Richard Carapaz. Dave Brailsford, le directeur général de l’équipe britannique, prépare déjà la « Génération Bernal ». Il faut dire tout de même que le jeune colombien n’a pas rendu la tâche facile à ses dirigeants en remportant le Tour de France, tant prisé dans un premier temps par Bradley Wiggins puis par Chris Froome et enfin par Geraint Thomas. Le Tour est d’appartenance colombienne désormais mais tant qu’il reste sous pavillon INEOS, tout va bien.
Stopper une hégémonie n’est jamais simple, il a fallu en 2014 que Froome et Contador renoncent à la Grande Boucle pour que Vincenzo Nibali réalise la passe de trois soit avoir les trois grands tours, Giro, Tour de France et Vuelta dans son palmarès. Néanmoins, la Team INEOS reste faible (et encore…) sur les deux autres. Une autre équipe vient alors pallier son absence en montagne et au classement général, ce n’est autre que la Jumbo-Visma qui a vu son fameux coureur slovène Primoz Roglic terminer troisième du Giro – d’un presque rien, il faut le concevoir – et remporter la Vuelta, son tout premier grand tour. Une émergence est alors d’actualité tant les performances de la Jumbo ces dernières années croissent exponentiellement. Une émergence qui pourrait s’avérer inquiétante pour l’empire britannique.
La domination tellement caractéristique de la Team INEOS sur les grands événements aurait pu se densifier d’année en année, mais cela ne semble pas être le cas. Tout n’est pas si rose… Si ce n’est en Italie. Bref, un exemple concret et récent vient alors renforcer cette thèse : le Tour de France 2019. L’important et l’imposant rendez-vous estival de la quasi-majorité des grimpeurs a vu l’armada INEOS de Bernal et de Thomas fléchir face à l’adversité. De l’adversité individualiste plus exactement avec l’infatigable homme en jaune Julian Alaphilippe, le valeureux et le malchanceux Thibaut Pinot ou même l’inattendu Emmanuel Buchmann. Sur cette Grande Boucle par ailleurs, le grimpeur néerlandais de chez Jumbo – le hasard fait bien les choses – Steven Kruijswijk s’est offert une place sur la troisième marche du podium final, derrière deux INEOS : Thomas sur la deuxième marche et Bernal le grand vainqueur. La domination reste accentuée… Mais s’estompe petit à petit.
En quittant la France, ce n’est plus la même affaire. Sur le Tour d’Italie, Roglic se classe troisième à l’arrivée tandis que Pavel Sivakov (INEOS) s’offre un très joli top 10 ; insuffisant toutefois afin de faire régner paix et sérénité chez le géant british. Le Tour d’Espagne n’est que bis repetita ; Roglic enlève haut-la-main cette nouvelle édition de la Vuelta tout en regardant le paquebot anglais, bien que peu garni au départ couler à flots. Rassurez-vous, INEOS n’a jamais été friand des deux autres grands tours, néanmoins est-ce-que concentrer majoritairement les objectifs annuels autours d’une seule course est la bonne solution ? En voyant la « chose » qui arrive par l’arrière, la question semble de plus en plus crédible. Ajoutez à cela un absentéisme marqué sur les courses d’un jour, et vous pourrez sans doute croire à une passation de pouvoir. En négligeant la Manche, quel territoire sépare le Royaume-Uni et les Pays-Bas ? Nous l’avons compris… La France ! Ironie du sort dira-t-on.

Jumbo-Visma : une équipe tout-terrain

3 (Le Soir)

Par-delà des montagnes se dressent les vallées, les routes de béton, de pavés ou de terre. La Jumbo-Visma a une spécificité et une marque de fabrique que le rival saxon ne détient pas : être partout ! Que ce soit au sprint avec Dylan Groenewegen, Mike Teunissen (surprenant premier maillot jaune du dernier Tour de France) ou même le jeune et intrépide belge Wout Van Aert. Ce même Wout Van Aert, en plus de représenter l’avenir d’une équipe en plein essor, s’avère être l’image parfaite du coureur tout-terrain. En cyclo-cross c’est un champion, sur les pavés un futur champion et sur les sprints une révélation. Et tout cela à 25 ans… Son avenir est entre ses mains mais aussi entre celles de la direction et du cyclisme mondial. Les classiques flandriennes et même ardennaises risquent d’être mouvementées de son côté.
Pour pimenter le tout, Dylan Groenewegen se présente comme l’un des meilleurs sprinteurs du peloton. Certes ses performances sur le dernier Tour de France ne font pas l’unanimité, mais sa saison 2019 dans sa globalité est excellente. Une saison notamment marquée par son très bon Paris-Nice ou même par sa victoire d’étape sur le dernier Tour de France, tout n’est pas à jeter en effet. Par son jeune âge (26 ans), comparé aux vétérans sprinteurs tels que Greipel, Kristoff, Cavendish ou même Sagan, il représente l’avenir du sprint. Néanmoins, les places sont chères et il ne semble pas être le seul dans cette configuration. La Deceuninck Quick-Step s’avère être un concurrent solide dans l’exercice mais ceci est déjà un autre duel.
Pour les grands tours, l’équipe néerlandaise repartira sur les même bases. Toutefois, avec le recrutement de Tom Dumoulin et le récent sacre du jeune Tobias Foss sur le Tour de l’Avenir, les objectifs pourraient être revus à la hausse. C’est dans ce cas précis que l’on reconnait des formes de la formation anglaise : avoir un panel de choix à sa disposition afin d’écraser la concurrence. Et avec Primoz Roglic, Steven Kruijswijk et Tom Dumoulin en têtes d’affiche, la concurrence s’avère être un peu plus menaçante au fil du temps. De plus, Roglic et Dumoulin ont la grande réputation de faire partie des meilleurs dans l’exercice solitaire à savoir le contre-la-montre. Prendre de l’avance avant les cols est toujours bénéfique, cependant cet exercice semble être en quelque peu le fondement du cyclisme britannique. Un fait qui ne coïncide guère avec l’esprit de domination contre la montre exercé depuis quelques années par la Jumbo. Le duel s’annonce par conséquent relevé, cela promet d’être spectaculaire et autant dire la vérité… Que le spectacle commence !
Un spectacle qui pourrait néanmoins tourner à l’avantage de l’édifice INEOS ou du moins seulement sur les grands tours. Bien que la Team Jumbo-Visma semble se forger un effectif complet capable d’être présent dans toutes circonstances, elle reste toutefois un poil plus faible que la Team INEOS dès que l’altitude s’élève. Mais pourquoi cela ? Simplement que d’un point de vue expérimental, l’équipe anglaise sait dans quelle direction et dans quelle région puiser ses recherches. Des recherches concrètes et concluantes, enfin surtout pour la montagne.

INEOS : une culture latino-américaine en fondation

4 (La Croix)

Aller chercher là où le cyclisme se développe, telle est la doctrine annoncée par l’empire british. Le fameux empire s’est maintenant installé en Amérique du Sud, endroit dans lequel habitent des certains Ivan Sosa, Richard Carapaz, et même Egan Bernal. Ce dernier coureur vous parle-t-il ? À proprement parlé, en se mondialisant en dépit d’une Jumbo restant fondamentalement européenne, la Team INEOS sait vivre avec son temps. Est-ce de la même manière que ce jour du 31 décembre 2020, jour au bout duquel le Royaume-Uni quitte l’orbite européenne ? Anticipation.
L’heure est au bilan pour Dave Brailsford et son équipe, et il se pourrait que le leadership ait complètement changé de continent. En effet, au sortir d’une saison 2019 marquée notamment par le sacre du jeune colombien de 22 ans Egan Bernal sur les routes du Tour de France, le si hégémonique Royaume-Uni pourrait ainsi laisser sa place à l’impavidité latino-américaine. Sir Bradley Wiggins, monsieur Chris Froome et son altesse galloise Geraint Thomas : tout en restant poli, au tapis ! Bien que Bernal soit parvenu à bousculer une hiérarchie british en s’imposant comme véritable leader en juillet dernier, il n’est toutefois pas le seul à représenter ce changement d’horizon si soudain. En excluant Tao Geoghegan Hart et Pavel Sivakov, la Team INEOS semble être à la mode des « purs grimpeurs ». Et cette mode est incarnée en premier lieu par Egan Bernal, certes, mais aussi par l’autre colombien Ivan Sosa et par l’équatorien fraîchement arrivé de la Team Movistar et par ailleurs récent vainqueur du Giro, Richard Carapaz. Pour ce premier, évoluer dans l’ombre de Bernal est bien évidemment un inconvénient. Néanmoins, cet inconvénient pourrait s’avérer être plutôt un confort qui lui permettrait de progresser à l’abri des regards pointilleux générés par les fascinés de cette nouvelle terre du cyclisme. Ainsi, l’élève égalera le maître – même si la tâche s’annonce pour le moins rude – et pourra enfin évoluer à ses côtés. Les péripéties de Richard Carapaz quant à elles peuvent être largement simplifiées. Certes la concurrence est abrupte chez INEOS, mais l’équatorien a déjà montré de belles aptitudes à accrocher et même à rivaliser avec les « grands » lorsque la route s’élève. Bref, le trio Bernal-Sosa-Carapaz pourrait ainsi représenter l’effervescence d’une nouvelle réserve de puissance tant à l’échelle sportive qu’à l’échelle universelle.
La néo culture latino-américaine de la Team INEOS évolue en antithèse avec celle de la Jumbo-Visma, jugée pro-européenne. Cependant, cette antithèse démontre distinctement de quelle manière le cyclisme exerce une expansion de rang mondial – le continent asiatique et le continent africain restent toutefois en retrait. Il ne faudra, cependant, en aucun cas « mettre au placard » les deux géants britanniques que sont Christopher Froome et Geraint Thomas. Ils pourront signer de belles performances sur les Grands Tours, que ce soit en tant que leader ou équipier.
Mais de part et d’autre, un fait semble identique : l’entassement des possibles leaders. De son côté, la Jumbo-Visma présente une légère anomalie puisque Roglic et Dumoulin semblent avoir théoriquement le même type de profil en dépit d’un Steven Kruijswijk étant moins performant en contre la montre mais meilleur grimpeur. Chez INEOS, la cohabitation Amérique du Sud/Europe est troublée par une succession importante de leaders : Thomas et Froome (Europe) puis Bernal et Carapaz (Amérique du Sud). Ces deux formations auront la lourde tâche – mais cela peut être un luxe – de faire des choix importants. En tout cas sur les grands tours et plus particulièrement sur le rendez-vous annuel de juillet, les possibilités seront multiples… Il n’y a néanmoins que huit places !

Bernal, Roglic, Thomas, Dumoulin…À qui le Tour ?

5 (Today Cycling)

Au fil des jours, la programmation se dessine de part et d’autre. Côté outre-manche, Geraint Thomas et Egan Bernal devraient être les leaders sur le prochain Tour de France comme en 2019. Mais alors que fait-on de Froome, lui qui avait comme principal objectif de rejoindre Merckx, Hinault, Anquetil et Indurain sur le siège des coureurs ayant remporté à cinq reprises la Grande Boucle ? Vraisemblablement, il n’en est pas capable. De l’autre côté, à savoir chez Jumbo, les informations sont beaucoup moins factuelles mais il se pourrait que l’on voit le duo non-complémentaire – à première vue – Roglic-Dumoulin en tête de liste le 27 juin prochain. Bonne ou mauvaise nouvelle ? Cette année, le parcours du Tour n’avantage guère un rouleur même si en effet le duo s’est montré par le passé extrêmement compétiteur lorsque la route s’élève. Toutefois, emmené par des équipiers plus que performants, Primoz Roglic et Tom Dumoulin pourraient jouer les trouble-fêtes afin de réduire ou même d’anéantir le fossé creusé depuis quelques années, plaçant la Team INEOS sur orbite.
Le Giro et la Vuelta quant à eux, devraient par conséquent se « contenter » de la présence du vainqueur sortant Richard Carapaz (pour INEOS) et du troisième du dernier Tour de France et ancien maillot rose qu’est Steven Kruijswijk (pour Jumbo-Visma). Pour ce dernier, sa présence n’a pas été rendue pour l’heure concrète mais compte tenu de la tendance actuelle, elle constituerait la meilleure si ce n’est la seule alternative. Ainsi, l’équatorien Richard Carapaz tentera de défendre son titre tout en contrôlant la progression du néerlandais Kruijswijk. La bataille sera donc lancée dès le mois de mai en guise de préliminaire au « show » de juillet, gare aux retardataires !
Même si la Jumbo-Visma semble plutôt compétitive dans tous les domaines, la Team INEOS s’avère être un cran au-dessus sur les courses de trois semaines. Donc, pourquoi ne pas mettre Carapaz favori ultime du Tour d’Italie, de la même manière que Bernal – ou Thomas – sur le Tour de France ? Une raison simple : d’autres équipes seront aussi présentes. Nous avons une légère tendance à l’oublier. Pourquoi ne pas voir un Pinot, un Buchmann, un Quintana ou même un Landa s’inviter dans le duel ? Ainsi, la confrontation deviendra multilatérale et d’autant plus admirable. Le spectacle estival promet d’être palpitant tant la confrontation INEOS/Jumbo-Visma atteindra un paroxysme inébranlable. Ceci étant dit, fermons la page 2019 et donnons-nous rendez-vous le 27 juin pour le grand départ de ce qui sera l’accomplissement d’un travail de long durée en interne. Bref, le Tour de France 2020 pourrait s’avérer être le sommet de ce duel aussi attendu que redouté… Inexorablement, on attend !

Crédits photos : Ciclismo Colombiano, Eurosport, Le Soir, La Croix et Today Cycling

 

Antonin Fromentel – 14 février

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